Du végétarisme aux végétalismes

On parle de végétarisme et de végétalisme pour désigner à la fois plusieurs régimes alimentaires et les différentes doctrines qui s’y rapportent. Par commodité de langage un individu se dira végétarien ou végétalien stricte ou non, selon les produits qu’il refuse ou accepte de consommer, les problèmes qui le concernent et ceux qu’il estime ou illégitimes ou indépassables.

1. Ne pas manger de viande pour ne pas causer la mort d’individus.

2. Ne pas manger de produits issus de l’exploitation animale pour ne pas causer la mort d’individus.

3. Ne pas manger de produits issus de l’exploitation animale pour ne pas causer la souffrance d’individus.
4. Ne pas manger de produits issus de l’exploitation animale pour ne pas causer la domination d’individus.

1. La volonté de s’exclure d’un système d’exploitation de l’animal peut se justifier à plusieurs niveaux. La première parce qu’un comportement carnivore repose sur la mort d’individus animaux. Pourtant il est absurde de tenir cet argument dans sa singularité. La mort en tant que processus physique n’est pas moralement connotable. L’intention de mort qui la dirige est en revanche à remettre en question et ouvre alors les véritables questions d’éthiques. Jusqu’où doit-on préférer la mort d’individus pour la vie d’autres ? Peut-on concevoir un rapport entre l’homme et l’animal soumis à la finalité de la mort sans domination ? Si la mort de l’animal telle qu’elle est rencontrée dans la chasse est en dehors de tous rapports de violence, de souffrance, et laissant toute liberté à l’individu chassé et abattu, peut-on envisager un rétablissement d’une justice réclamée par les défenseurs des droits des animaux ?
2. Certains produits animaux comme le lait de vache ou les œufs, supposent un système dans lequel des individus (les veaux, les poussins mâles) sont sacrifiés. Alors que le refus de consommer ces produits peut sembler être une étape plus en avant dans l’affirmation d’une position éthique, il est évident qu’il est plus fortement fondé que le simple manger de la viande. En effet, dans ce cas précis, les individus en tant que tels ne vivent pas pour être mangés mêmes s’ils finissent dans des assiettes, ne sont que des surplus, des dommages collatéraux. Supprimer un individu pour se nourrir est un argument discutable mais c’est un argument qui n’est pas valable pour les bêtes qui ne meurent pas du fait de leur vocation à être mangés mais bien par défaut. En somme, refuser de consommer les produits laitiers et les œufs est beaucoup plus défendable que manger de la viande, même si les deux positions renvoient à un même système de mise à mort et d’exploitation animale.
3. Dans le cas où l’animal en question n’est pas destiné à la mort, ou dans la perspective où la mort ne serait pas un problème, il faut reconnaitre les conditions de vie comme nécessairement déterminantes moralement. Si la mort n’est pas une fin en soi, la vie l’est davantage. Ce qui compte c’est donc la considération de la douleur, de la souffrance, de l’environnement social, de la liberté, de valeurs qui sont refusées à l’animal au nom d’un statut d’objet. A ce stade de conscience de l’individu et de ses potentialités de réalisation on tente de rapprocher les animaux non humains des conditions en droit des animaux humains. On peut envisager alors dans une certaine mesure que dès lors que l’animal ne souffre pas, l’humain peut consommer son lait, ses œufs, son miel. Les conditions d’un tel rapport sont pour autant ambigües dans la mesure où l’évaluation de la souffrance, du caractère de liberté de l’animal est difficile à mesurer.
4. Une position pouvant être décrite comme plus radicale peut se diviser en plusieurs points de vue. Une première approche peut être simplement pragmatique et considérer le cas (3.) sans estimer trouver de réponses satisfaisantes au problème posé par l’évaluation du bonheur animal. Une seconde position peut affirmer catégoriquement l’absence de critères suffisants à l’élaboration d’un rapport entretenu entre l’homme et l’animal qui ne soit exempt de domination. Ici commence l’idée qu’une libération animale est nécessaire. En pratique elle doit se manifester par le refus pur et simple de tous produits ayant un lien quelconque avec l’engagement d’individus animaux (non humains ?). La volonté anti-spéciste se heurte à un paradoxe là où elle souhaite refuser l’exploitation de quelconque animal sans prendre compte de l’homme. Refuser l’exploitation ou la domination de tout individu est-ce refuser pour autant la vie en société, en communauté ? Comment concilier les rapports d’échange et la volonté d’émancipation ?
De vastes questions sont alors à poser et à travailler. La question d’une définition de la domination rapport avec la liberté, la violence, la dépendance et ses différentes formes au sein de la société humaine ou naturelle, quelles analogies sont à éviter ?