Domination et émancipation

Comment concevoir les concepts de liberté, émancipation et domination à travers les deux mondes humain et animal ? Peut-on élaborer ces concepts différemment selon s’ils s’appliquent à l’humain ou l’animal ? Doit-on au contraire penser la liberté animale sur le modèle de l’émancipation humaine ? Ou inversement ? L’homme peut-il encore se penser et penser le reste du règne animal sur le mode de la nature définie ? Comment faire pour penser la liberté de l’animal à partir de l’homme quand l’homme prend lui-même l’animal comme modèle ? Et comment faire quand il tente de penser sa liberté en opposition au déterminisme animal ?
Existe-t-il des sociétés animales non humaines qui fonctionnent sur un modèle anarchique ? Admettons que tout groupe social animal soit conçu dans un rapport de soumission et domination. L’homme peut légitimement vouloir échapper à ces systèmes mais jusqu’où le peut-il ? L’homme peut-il construire une société humaine dépourvue de tout rapport de domination ? La question se pose alors sur un plan strictement humain, politique : peut-on abolir tous les rapports de domination au sein de l’espèce humaine ? Mais l’interrogation renvoie aussi aux rapports que l’humain peut entretenir avec le reste du vivant animal : si l’animal s’inscrit naturellement dans des rapports de domination, peut-on ou doit-on chercher à les abolir ?
Jusqu’où sommes-nous libres de déterminer notre nature et celle des autres ? L’histoire nous a montré que le vivant varie au gré du temps et de la volonté des êtres qui le composent. Nous avons toujours à faire à un double discours qui oppose la volonté de se conformer à une nature qui fonctionne à la volonté de s’en détacher dans une démarche dite de progrès ou de modernité. Il y a une limite à l’apparente nécessité de maîtrise des lois qui régissent notre monde vivant dans l’incapacité à les dépasser.