Libération animale

Autonomie, Indépendance et Liberté
Que signifie la libération animale ? Derrière cet idéal animaliste peuvent se cacher différentes manière d’aborder la possession des animaux non humains de leurs propres vies. Les défenseurs de la cause animale défendent l’idée d’une libération animale, dans l’optique d’une déconstruction des rapports de domination que l’homme entretient sur les autres animaux. Il est néanmoins trop facile de vouloir réduire cet idéal de libération à une simple ouverture de cages aux oiseaux. De toute évidence la libération animale est une entreprise de long terme qui peut s’incarner dans différentes modes de pensées et d’actions. La première étant bien sûr un changement radical d’alimentation. Ce que j’aimerais pointer maintenant est la nuance qu’il est nécessaire de garder entre l’indépendance et la liberté. Cette différence est capitale dans l’idée d’une société future où les animaux seraient libérés. Même si la question des droits des animaux est primordiale, il s’agit ici de traiter d’un point de vue purement pratique, pragmatique, de la possibilité d’animaux libres.

Liberté et indépendance : l’animal libre est-il indépendant ?

Libre ne veut pas dire indépendant, indépendant ne veut pas dire autonome. Il est facile pour les sceptiques d’une libération animale de conclure rapidement sur l’impossibilité d’un changement de la condition animale en raison de leur dépendance à l’homme. L’argument est simple : cela fait tellement longtemps qu’ils sont domestiqués que les animaux ne peuvent plus devenir sauvages. La réfutation de cet argument me paraît tout aussi simple : premièrement si le processus de mise en liberté des animaux semble impossible il faut se poser deux questions sur la domestication originelle. Les animaux sauvages ont-ils été domestiqués d’un seul coup ? Si c’est le cas, alors pourquoi ne pourrait-on pas penser que l’inverse serait tout aussi possible ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi devrait-on penser que l’inverse est impossible ? Y a-t-il un argument en faveur de l’irréversibilité d’un tel processus ? Ce qui nous amène à la deuxième question : si un changement de leur condition est impossible, doit-on sous-entendre qu’il y aurait une essence, une nature de l’animal domestiqué ? Doit-on penser, d’une manière très judéo-chrétienne, que l’animal est destiné à servir l’homme ? À notre époque il s’agirait de malhonnêteté intellectuelle de penser ça (ou encore d’une folie religieuse). Nous partons donc de l’idée que les animaux peuvent dans l’absolu être libres. La ridicule histoire de l’humanité, celle que racontent les scientifiques et pas les fanatiques créationnistes, nous montre que l’animal n’a pas attendu l’homme pour être libre, bien au contraire !
Simplement, il est évident de reconnaître qu’un mécanisme de libération animale ne peut se faire du jour au lendemain. Il ne s’agit pas ici encore d’établir une stratégie mais plutôt de mettre en évidence des différences fondamentales. Quelle sont les limites de la liberté animale ? La liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres. La liberté de l’animal s’arrête-t-elle où commence celle de l’humain ? Jusqu’ici l’animal est plus qu’un esclave, il est un objet, un instrument, une matière première pour l’homme. La libération vise à redonner à toutes les espèces un niveau de dignité, une valeur. La question cruciale est de savoir à quel point l’animal peut-il se détacher de l’homme ? Notre vision du monde actuelle est globalisante, holiste. Nous ne pouvons concevoir une planète divisée en deux avec d’un côté les humains et de l’autre les animaux non humains. Cette conception est simplement impossible. Nous devons comprendre alors que lorsque nous parlons de libération animale nous ne nous projetons pas dans un univers hermétique coupé de tous rapports avec les autres animaux.
 L’homme est-il vraiment libre et vraiment autonome ?
Il ne faut pas projeter dans l’animal une liberté que l’homme n’a pas.
Je trouve maladroit de vouloir rendre l’animal indépendant dans le sens strictement étymologique qui voudrait le couper de tous rapports de dépendance avec l’homme. La liberté n’est pas une stricte indépendance. La conscience globalisante, notamment au cœur des traditions bouddhistes,  devrait nous faire comprendre que nous dépendons tous des uns et des autres. Il est vrai que ces liens peuvent être des rapports plus ou moins prononcés de domination mais il ne faut confondre ni liberté et indépendance ni dépendance et domination. Le point majeur de la lutte pour les animaux est cet axe de domination et d’émancipation. Une harmonie homme-animal est-elle envisageable en dehors des rapports de domination ? L’homme dépend de l’animal et l’animal de l’homme, mais jusqu’à quel point ? Une analogie avec la société humaine pourrait nous éclairer : deux individus libres peuvent-ils dépendre de l’un à l’autre ? ou encore deux individus qui dépendent de l’un à l’autre peuvent-ils être libres ? Chaque être humain vient au monde et dépend d’emblée d’une communauté d’êtres. Pourtant il est concevable une liberté collective.
L’autonomie d’un animal est possible car elle a existé et existe encore. Mais un animal autonome, en tant qu’il n’a besoin de rien ni personne pour lui dicter sa conduite ou lui fournir les moyens de vivre ou survivre, a toujours besoin de moyens matériels. Une différence classique et quelque peu désuète fait de l’homme un animal qui vit et non pas un simple animal qui survit. L’animal autonome est un animal qui se débrouille tout seul, qui trouve sa nourriture et se fait son abri. Jusqu’où se détacher alors de l’animal pour sa défense ? Doit-on laisser des espèces en voie de disparition au nom de l’indépendance et de l’autonomie ? On voit bien que les limites d’une conceptualisation de la libération animale ne sont pas encore tracées de manière uniforme. J’imagine pourtant bien à terme un monde dans lequel il n’y aurait plus de barrières, plus de clôtures, où les bêtes pourraient circuler librement et ne seraient pas considérés comme des potentialités financières. Mais ce monde n’existe pas encore pour l’humain alors peut-on l’espérer pour l’animal ? Ceci doit malgré tout nous montrer qu’une même logique gouverne la domination des uns sur les autres, individus, classes, espèces et que c’est un même système de domination qu’il faut mettre à bas.