I. La construction du genre – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

mémoire M1

Introduction

Que puis-je espérer produire avec un travail universitaire qui porte sur des pratiques politiques d’émancipation ? Jusqu’où la personne engagée que je prétends incarner peut-elle séparer la tâche de l’intellectuel⋅le de celle du⋅de la militant⋅e ? L’acte d’écriture de ce mémoire a été en lui-même objet de réflexion et de doute. Passer autant de temps à théoriser l’action dans un moment historique où se trame un mouvement social d’une grande ampleur m’a paru frustrant et ironique. Pour autant il ne faut pas confondre le temps de l’action et le temps de la réflexion. Si je cherche encore à expliquer l’absence de motivation à l’action pour mieux la susciter, je pourrais dénoncer un manque de réflexion chez toutes celles et ceux qui se disent indigné⋅e⋅s. Si je ne veux pas que mon travail de recherche ne s’adresse qu’à des chercheur⋅se⋅s ni non plus seulement à des personnes déjà engagées, c’est que j’ai encore l’espoir que la réflexion peut faire avancer les choses. Pourtant, performance contre-performative par excellence, j’aimerais présenter un discours qui vise à convaincre que c’est en dehors du discours que l’émancipation se joue, et que le discours dans son usage normal vient toujours rigidifier les rapports sociaux.

Que puis-je faire face au capitalisme néo-libéral impérialiste dans ma position d’occidental éduqué de pays développé ? Que puis-je faire face au patriarcat dans ma position d’homme cis⋅hétérosexuel ? Que puis-je faire pour les animaux et les écosystèmes dans une société industrielle basée sur l’exploitation du vivant et la destruction des ressources ? La pertinence mais surtout la légitimité de mon discours repose sur la place qui m’est accordée dans un ordre social où s’entrecroisent de multiples rapports d’oppression, d’exploitation et de domination physique et symbolique. Je dois composer avec les normes qui déterminent mon champ d’action politique possible tout en cherchant à me défaire de pratiques injustes pour instituer un nouvel ordre plus égalitaire. Le point de départ de toute la réflexion qui va se déployer est assez naïf. En partant du présupposé que je partage les mêmes valeurs éthiques ou politiques et le même projet égalitariste que de nombreuses personnes, comment se fait-il qu’à partir du même constat théorique sur la dimension néfaste de certaines pratiques ces mêmes personnes ne font-elles pas le choix de changer leurs habitudes, leurs représentations, leurs manières de vivre ? Dans quelle mesure les choix que j’ai pu faire dans les positions relatives que j’occupe ont-ils été facilités par les privilèges sociaux que m’offrent ces positions ? S’il me paraît nécessaire d’interroger le rapport entre les normes et les structures de domination c’est aussi pour rendre compte des marges possibles et nécessaire que doivent assumer les personnes qui bénéficient du pouvoir, puisque je ne peux parler que de ce que je connais.

C’est d’abord la question animale qui a converti mon regard sur les normes diététiques et sociales. Mais je n’aurais pas pu assumer mes idées ni changer mes habitudes sans faire la connaissance et avoir la reconnaissance d’une personne avec qui les partager. Ainsi la théorie ne suffit jamais seule à bousculer la manière de voire et de vivre le monde. Pour autant c’est dans la littérature féministe qu’il me paraît indispensable d’aller chercher les outils de compréhension du monde social tel qu’il se construit et se détruit aujourd’hui. Qui pourrait mieux rendre compte des travers et des vices du monde sinon celles⋅eux qui en sont les premièr⋅e⋅s concerné⋅e⋅s ? Comment ne pas croire que c’est en raison de leurs expériences personnelles que Michel Foucault, Christine Delphy, Judith Butler, Angela Davis et les nombreux⋅ses théoricien⋅ne⋅s ont persévéré dans la tâche de dévoiler la construction du pouvoir et des normes qu’il⋅les ont subies ?

La question n’est pas de savoir s’il faut changer les normes, s’il faut résister au changement ou s’il faut chercher à sortir de l’emprise de celles-ci. C’est dans la fonction même des normes de changer, de maintenir une dynamique. Ce qui m’importe c’est de comprendre ce qui persiste à travers la dynamique, ce que peuvent traduire et produire la résistance ou la reprise des normes hégémoniques existantes. Pour cela il me semble nécessaire d’interroger comment les normes entretiennent des rapports de pouvoir, des rapports hiérarchiques, de domination, d’oppression ou d’exploitation.

Si par exemple on doit reconnaître que le mariage est une institution, une norme sociale qui enferme les individus dans des modes de vie qui perpétuent les inégalités femmes-hommes, il y a un intérêt clair à défendre son extension aux couples non-hétérosexuels. Si cela peut casser l’hégémonie hétéronormative, une telle loi renforce également d’autres présupposés normatifs : le couple et la famille comme fondement de l’unité sociale et la différence des sexes comme donnée sociale pertinente. Derrière l’apparent mouvement de renversement des normes se renforce les structures à l’origine de celles-ci. On le voit également avec l’affaire du voile en France. Sous prétexte d’émancipation des femmes on va leur imposer une manière d’être ! Les présupposés sur la femme voilée dans ce contexte traduisent chez des législateurs la posture qu’ils prétendent dépasser : ils réduisent les femmes à des subalternes, ne leur donnant pas la parole, ne leur supposant aucune volonté individuelle.

C’est dans cette perspective d’émancipation sociale que je souhaite m’appuyer sur les théories féministes, depuis un point de vue que je défendrai avec les matérialistes Delphy, Guillaumin, Mathieu pour interroger la pensée de Judith Butler et faire la critique de ses positions postmodernes. Plusieurs points ont attiré mon attention chez l’auteure américaine. Elle s’appuie sur une conception du pouvoir et des normes qu’elle emprunte à Foucault pour la réinvestir et la pousser jusqu’à affirmer un constructivisme fort. Dans le domaine de la question animale, pour espérer dépasser le pallier de l’éthique et envisager une politique animale, il semble nécessaire de déployer des outils tels que le propose Butler, avec d’autres intentions. Je constate que les habitudes et les discours changent mais pas simultanément. Si la répartition des tâches ménagères est de plus en plus reconnue comme enjeu d’égalité entre les genres, la mise en œuvre de cette égalité ne semble pas décoller, ce sont toujours majoritairement les femmes qui font la boniche. Si la conscience des conditions de survie des animaux dans l’industrie agroalimentaire et la reconnaissance d’un mode de vie végétarien ou végane se développent, le régime carné reste la norme dans la gastronomie « française ».

Sur quoi repose l’ordre social ? Quel rôle jouent les normes dans le maintien de cet ordre ? Quel pouvoir avons-nous sur les normes et sur l’ordre social alors que nous en dépendons entièrement ? Quelle dimension accorder à nos représentations, au langage et au discours dans une perspective d’émancipation ? Quelle place accorder à l’État et aux institutions ? Quelles sont les différentes stratégies qui distinguent les courants féministes ou post-féministes ? Ce sont autant de questions qui m’ont amené à éclaircir les différentes manières de pense la construction du genre, la dimension productive du pouvoir sur les sujets, à travers les normes et les structures sociales qui les déterminent pour espérer proposer des manières non pas de nous défaire du pouvoir mais de le répartir. Puisqu’il est partout et qu’il nous forme, il doit aussi nous permettre de résister et de créer de nouvelles manières d’être plus justes.

La construction du genre

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Je ne suis pas historien et ne souhaite pas retracer l’évolution précise des mouvements et théories féministes. Je vais essayer de définir quelles sont les bases intellectuelles du féminisme constructiviste pour en montrer l’intérêt. Bien entendu les débats voire conflits qui ont opposé différents points de vue sont toujours à remettre dans leurs contextes respectifs et je m’efforcerai de les rappeler quand cela sera nécessaire. Pour autant la tâche critique et philosophique est particulière en ce qu’elle cherche à dégager les idées qui persistent et qui se construisent parallèlement à la temporalité de l’histoire. Cela ne veut pas dire que l’on reste dans le ciel des Idées. Cela doit nous amener au contraire dans le cas présent à nous demander : si le féminisme postmoderne semble s’être construit historiquement dans la critique d’un idéal de modernité, que reste-t-il de pertinent comme outils théoriques et pratiques d’un tel courant de pensée pour construire l’émancipation aujourd’hui ?

Afin de différencier les positions féministes il convient d’élaborer la base théorique que partagent les auteur·e·s qui m’intéressent. Je propose donc de construire une thèse progressiste à savoir postulant la possibilité de transformer l’ordre social, contrairement à une position conservatrice qui dirait que les choses doivent rester telles qu’elles sont (quelles que soient leurs justifications). Il existe historiquement une multitude de mouvements et courants politiques et théoriques se revendiquant du féminisme. Je parle de féminisme·s pour regrouper un ensemble de théories et de pratiques visant « la transformation sociale des relations de genre » (Butler 2006 : 233). Il faudra alors définir ce qu’on entend par « genre ».

Il est important d’inscrire la réflexion politique dans l’histoire des théories pour nous demander si les divergences contingentes et contextuelles entre matérialisme, postmodernisme ou Queer qui persistent peuvent se résorber à mesure que les critiques font évoluer les positions respectives ou bien si ces divergences apparaissent comme essentiellement inconciliables. Cela veut dire faire une critique conjointe des différentes approches matérialiste, postmoderne et Queer. Pour commencer je montre ce qu’est une position constructiviste, celle qui est adoptée par Judith Butler, les postmodernes et les matérialistes. On verra ensuite en quoi les stratégies d’émancipation diffèrent.

1 Reconnaître les inégalités sociales

ennemi principal

1.1 Différences, inégalités ou injustices ?

Tout projet d’émancipation vise à reconnaître des rapports sociaux injustes et essayer de les changer. L’Histoire regorge de suffisamment d’exemples illustrant des rapports sociaux injustes. Des différences de traitement existent et peuvent se justifier. Qu’une personne malade reçoive davantage d’aide financière et de soin qu’une personne saine n’est pas injuste. Je parlerai exclusivement donc des inégalités structurelles, entendues comme résultant de l’ordre social et dénoncées lors des innombrables mouvements sociaux progressistes que l’on ne confondra pas avec les relents réactionnaires ou identitaires.

Thèse féministe minimale : l’ordre social existant repose sur des rapports sexués injustes. Il faut le changer

La liste serait trop longue mais on peut rappeler un grand nombre d’injustices1 : les femmes sont moins bien payées que les hommes (24 % en moyenne en France) à qualification et travail égal, elles sont victimes d’agressions, de harcèlement (40 % à 50 % des femmes de l’Union européenne ont déjà fait état de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail), de violences, de viol (1 femme sur 5 dans le monde sera victime de viol ou de tentative au cours de sa vie. En France une femme est violée toutes les 8 minutes), elles ont un accès moindre à la santé ou à l’éducation, elles occupent des fonctions moins reconnues ou sont moins reconnues dans leurs fonctions, elles sont en retrait médiatiquement, physiquement, s’occupent du travail ménager, domestique et des enfants, elles sont contraintes d’adopter des vêtements, des postures, elles sont marchandées, vendues (prostitution, pornographie)… d’une manière générale elles sont dévalorisées quand elles ne sont pas objetisées. Voilà la réalité contre laquelle il est nécessaire de se battre et quand je parlerai d’inégalités il faudra avoir ces exemples en tête principalement. Je laisse aux hypocrites sceptiques le soin d’aller vérifier par eux-mêmes la nature de l’oppression décrite à l’époque où les Berlusconi, les DSK, les Baupin remplissent les assemblées politiciennes, où le corps de la femme sert à vendre des voitures de luxe et du parfum et où les militant·e·s qui souhaitent dénoncer ces injustices subissent la répression et l’enfermement. J’utiliserai également le terme de « victimes » de sexisme, d’opprimées, de dominées pour désigner toutes les personnes qui subissent ce qui, on va le voir, apparaît comme un système social ordonné.

De ce constat d’injustices socialement ordonnées on pourra regrouper tout un ensemble de discours et de pratiques sous le vocable de « sexisme ». Les féministes luttent contre le sexisme, c’est-à-dire qu’elles souhaitent mettre fin à tous ces comportements. Un homme ou une femme peuvent avoir des comportements sexistes quand leurs paroles ou leurs actes reposent sur des présupposés mettant en jeu l’inégalité entre les sexes ou quand ceux-ci contribuer à dévaloriser une catégorie de personnes en fonction de son sexe (ou son genre, ou sa sexualité). Le machisme ou la misogynie sont une forme de sexisme prenant pour cible la catégorie de « femme ». L’homophobie ou la transphobie sont des pratiques sexistes reposant sur la différence sexuelle ou de genre.

Un enjeu important des militantes et théoriciennes reste de dénoncer le sexisme dans ses moindres recoins, que ce soit au travail, dans l’espace public, dans la sphère politique, dans les représentations langagières, dans la culture, dans les relations intimes ou familiales, etc. Les pseudo-féministes se dévoilent alors proportionnellement à leur réticence à admettre l’étendue du sexisme dans l’ordre social et de l’effort à fournir pour le changer2.

Ce que je montrerai plus loin également c’est la complexification de l’analyse du sexisme mise en avant par ses victimes et l’émergence d’une multiplicité de récits singuliers révélant la spécificité de cette oppression en lien avec d’autres rapports sociaux et d’autres inégalités.

1.2 Une différence physique ne justifie pas des inégalités sociales

Platon dans La République essayait de justifier les rôles sociaux par la pureté des métaux (du plomb ou de l’or) que les humains auraient dans le sang. La traite des Noir⋅e⋅s s’est justifiée par la différence biologique et encore aujourd’hui on invoque des différences physiques pour justifier des différences de traitements moraux, notamment pour nos amies les bêtes. De telles positions naturalistes posent deux problèmes majeurs : comment prouver que ces fondements sont naturels ? Et si c’est le cas comment prouver que ces fondements justifient des inégalités sur le plan éthique ou social ? Si la question semble réglée pour les questions raciales avec la preuve de l’absence de races humaines, elles cachent encore de forts présupposés naturalistes (puisque l’égalité sociale ne se justifie que par l’identité de l’espèce) que l’on retrouve implicitement dans le sexisme (où l’égalité entre les sexes peut supposer une différence des sexes) et explicitement dans le spécisme (qui fait de l’appartenance à l’espèce humaine un critère moral nécessaire et suffisant). Pour mieux comprendre ces enjeux il faut interroger les thèses naturalistes.

1.3 Essentialisme versus constructivisme

Deux possibilités vont séparer les féminismes : en admettant que les inégalités sociales soient contingentes :

  • (A) on rejette les inégalités sans remettre en cause des différences entre les hommes et les femmes. Il faut alors expliquer comment se maintiennent ces inégalités et comment on peut espérer accéder à l’égalité sans remettre en cause les différences.

C’est le point de vue différentialiste. Cela revient en d’autres termes à fonder le genre (qui désigne ici des rôles sociaux différenciés) sur le sexe, à accepter la construction du genre telle qu’elle est mais dans le même temps à le rendre obsolète puisque si le genre n’est que du sexe social, en quoi diffère-t-il3 ? En quoi ce concept serait-il pertinent ? C’est une thèse qui semble facilement expliquer les inégalités mais qui n’explique pas les différences ni comment ces différences sont à l’origine d’inégalités sociales. C’est pour cela qu’il semble préférable d’envisager la seconde hypothèse :

  • (B) on conçoit que les différences ne sont pas une cause mais une conséquence du problème. En d’autres termes les différences seraient dues à une socialisation différenciée justifiant après coup des inégalités.

C’est le point de vue constructiviste que j’adopte avec un grand nombre de féministes qu’elles soient matérialistes, radicales, postmodernes ou Queer. Cette hypothèse a le mérite de répondre à la question de l’origine des différences qui semble expliquer aussi le maintien des inégalités. C’est l’analyse des structures sociales de pouvoir que je présente dans ce travail. La réponse simple consiste à dire que ce sont les inégalités qui génèrent les différences et je nuancerais en disant que les différences comme les inégalités ont une origine commune qu’il faut étudier.

2 Identifier la source du problème

Si toutes les féministes partagent le même diagnostic, à savoir qu’il existe des rapports sociaux de sexe injustes, toutes ne s’accordent pas sur l’origine du problème. La première hypothèse est délicate puisqu’elle reste aujourd’hui la source argumentative la plus répandue pour justifier le sexisme : la différence naturelle des sexes. La stratégie argumentative que je suis avec nombre d’auteures (Delphy 1998, 2001, Guillaumin 1992, Mathieu 1991, Butler 1990, Dorlin 2008) concernant ce point consiste à montrer qu’une naturalisation des différences revient à nier l’origine du problème.

2.1 (A) La thèse différentialiste : le sexe existe-il ?

Le féminisme différentialiste est essentialiste ou naturaliste car il va vouloir combattre les inégalités tout en maintenant ce qui serait l’essence ou la nature authentique de « l’homme » et de « la femme ». Cela va se traduire en pratique par la recherche d’une valorisation de l’expérience féminine et des activités qui lui étaient réservées (Badinter, Fouque, Kristeva, Cixous). Il s’agit donc de mettre en avant la femme dans ce qu’elle est authentiquement, à la fois indépendamment des valeurs masculines puisque les valeurs féminines seraient bonnes en soi, mais également aussi de manière relative à celles-ci puisqu’elles seraient aussi complémentaires. Cela se traduit par des discours mettant en avant par exemple le soin ou l’attention aux autres et la maternité comme des qualités à valoriser. La binarité de genre n’est pas vue comme mauvaise en soi mais appelant à être rééquilibrée vers une égalité entre les sexes.

Thèse différentialiste/essentialiste : S’il existe des inégalités sociales c’est parce qu’il existe des différences biologiques, s’il y a deux genres masculin et féminin c’est qu’il y a deux sexes mâle et femelle.

Dans ce modèle là pour expliquer les agressions, viols, comportements virilistes et autre injustices on a deux solutions extrêmes autant problématiques :

  • (1) soit on explique ces comportements par la volonté individuelle et un manque d’éducation, de savoir-vivre qui serait indépendant du genre comme construction sociale. Les injustices reposeraient donc sur la volonté des individus sans questionner les déterminismes sociaux (réduisant tout discours d’émancipation à de la morale individuelle).
  • (2) soit on explique au contraire ces comportements comme essentiellement masculins, ancrés psychologiquement et génétiquement. Cela a le mérite de questionner les déterminismes sociaux mais ne laisse aucune liberté à l’individu (rendant inutile tout discours d’émancipation).

Dans l’une ou l’autre des solutions le projet d’émancipation se trouve radicalement restreint puisqu’il n’y a plus de remise en cause de l’ordre social en tant que tel, soit il n’est pas problématique (1), soit il est immuable (2).

Cette essence va d’abord se justifier par la biologie : être une femme serait alors avoir un vagin, un utérus, un fort taux d’œstrogènes, des chromosomes XX, etc., et cela reste l’argument le plus répandu dans la défense et le maintien de la différence homme/femme. Le problème auquel vont se confronter les biologistes, neurologues, généticien⋅nes et autres spécialistes (sans que ce soit un problème pour d’autres), va être de prouver scientifiquement ces différences et l’existence d’une binarité biologique dite « sexuée ». En effet que ce soient les attributs sexuels, le patrimoine génétique, les hormones, ou encore la taille du cerveau, etc… il n’existe pas un unique critère biologique distinctif suffisant pour départager l’ensemble des individus composant l’espèce humaine en deux groupes sexués distincts4. On peut facilement faire l’analogie avec l’inexistence des races au sein de l’espèce humaine pour appuyer l’idée que l’absence de fondements biologiques ne rend pas moins réelle l’oppression qu’elle soit raciale ou genrée.

Du biologique au psychique

Face à cette absence de preuve dans le corps, certaines vont aller chercher dans la psychologie des fondements à la binarité : être une femme serait avoir un esprit féminin (Kristeva, Cixous, Irigaray, Badinter). Celles-ci vont s’appuyer sur les travaux de Freud ou Lacan, les psychanalystes qui vont fonder la construction du sujet, du « moi » dans la relation à l’autre et en rapport avec le désir sexuel, présupposant donc pour cela une opposition sexuelle.

De nombreuses philosophes vont voir dans la psychanalyse un champ théorique permettant d’étudier la construction du sujet et ses pathologies. On pense à Castoriadis, Žižek comme Butler. Selon eux, le discours psychanalytique doit être étudié non pas comme une théorie normative mais comme une production sociale et culturelle révélant les stéréotypes présents dans la pensée ou le langage. Butler va critiquer Freud et Lacan dans cette perspective.

Thèse différentialiste psychologisante : s’il n’existe pas de critère biologique suffisant pour départager les individus entre les mâles et les femelles, il existe cependant des structures de la pensée qui sont proprement féminin ou masculin et qui sont indépassables car nécessaires à la construction du sujet.

La « femme émancipée » dans cet idéal va devoir assumer une féminité, une maternité et la plupart des valeurs dites féminines en cherchant à les valoriser or cela ne fait que réduire les femmes aux rôles sociaux existants. Il semble difficile donc d’expliquer pourquoi les valeurs féminines sont toujours négatives sans faire appel à une analyse de la manière dont sont construites les structures et rapports de domination.

J’admets comme de nombreu⋅ses chercheur⋅e⋅s (Delphy 1998, 2001, Guillaumin 1992, Mathieu 1991, Butler 1990, Dorlin 2008) l’inexistence de fondements purement biologiques à la binarité des sexes mais la reconnaissance d’un continuum biologique de caractéristiques anatomiques, physiologiques, hormonales, génétiques au sein duquel une délimitation arbitraire (socialement construite) a permis la division en deux groupes sociaux distincts. Cette thèse est par définition radicale et elle affirme que la dichotomie à l’origine des sexes n’est pas un processus historique mais logique, à la manière de l’état de nature de Rousseau.

2.2 S’il n’y a pas d’abord une différence naturelle, il y a encore des différences sociales

(B) La thèse constructiviste et le concept de genre

Malgré l’impossibilité de fonder en nature les rapports sociaux il faut reconnaître une dichotomie dans la catégorisation sociale des individus (en laissant de côté les rares sociétés ou il existe un troisième genre5). Pour désigner cette binarité et en révéler le caractère construit on oppose donc au sexe « naturel » le concept de « genre » que je propose de définir.

Le genre va désigner les différences non seulement culturelles et sociales mais aussi biologiques (incluant donc le sexe). Car si on se contente de faire du genre la simple traduction sociale ou culturelle du sexe, cela revient à naturaliser le sexe, ce qu’on cherche à éviter. On admettra ainsi comme l’a montré Delphy que le genre précède le sexe, c’est-à-dire que ce qui pré-existe c’est un rapport social genré et que le sexe n’est qu’un marqueur physique de ce rapport social (Guillaumin 1992, Delphy 2001, 2008). Butler écrit que « le sexe est, par définition, du genre de part en part » (Butler 1990 : 71). On part donc de l’idée que la binarité n’est pas d’abord biologique mais bien toujours aussi en même temps sociale.

Le genre peut alors désigner deux choses : (1) le processus logique par lequel la population est divisée en deux, ce qui pourrait se traduire par genrement ou en anglais gendering et (2) le résultat de ce processus à savoir d’un côté le genre masculin et de l’autre le genre féminin (Delphy 2001). Chacun des deux genres masculin ou féminin peut alors être conçu comme un ensemble de discours et pratiques, normes et valeurs spécifiques posé comme un pôle opposé à l’autre.

Si on reprend la thèse (B) on peut la formuler de la manière suivante :

« Les inégalités de sexe reposent sur la construction du genre (et donc du sexe) comme principe binaire de division de la société. »

Faut-il combattre le genre ou les inégalités liées au genre ?

Puisque les inégalités de genre sont injustes et contingentes, il faut donc les combattre et puisque les inégalités sont des constructions sociales ancrées dans l’ordre social, il faut donc chercher dans l’ordre social les mécanismes de maintien des structures pour les défaire. S’il est difficile de nier la réalité sociale du genre on peut en contester la légitimité et les effets. Ce qui amène à trancher entre plusieurs positions :

  • (1) chercher à conserver le genre comme développement d’un sexe donné dans sa binarité et re-valoriser le côté féminin, c’est la position différentialiste que j’ai rejeté avant pour son caractère conservateur.

  • (2) chercher à dépasser la binarité de genre construite et construire d’autres genres en les multipliant. C’est la thèse développée entre autres par Judith Butler et défendue par le mouvement Queer.

  • (3) chercher à se détacher de l’emprise du genre et l’effacer comme catégorie sociale, c’est la thèse matérialiste.

Les deux dernières positions s’opposent même si elles partagent la même prémisse constructiviste. Leurs conclusions diffère puisqu’elles reposent sur des prémisses différentes en fonction de ce qui est construit, ce qu’il faut et que l’on peut déconstruire et les moyens possibles d’une telle déconstruction.

3 L’éclatement historique du sujet politique et des courants féministes

Judith Butler (1990) interroge à plusieurs reprises la catégorie de « femmes » et sa prétention à représenter politiquement le « sujet » du féminisme. Pour comprendre cette remarque et avant de la critiquer il faut rappeler les différents moments historiques de ce que j’appelle un éclatement du sujet féministe qui n’apparaît plus comme unifié et universel mais se soumet à une critique de la « femme » en tant que norme à l’intérieur même du combat féministe6. Cela doit permettre de pointer la nécessité de penser genre, classe, race, sexualité ensemble.

3.1 Genre et classe : toutes les femmes ne sont pas des prolétaires, toutes les femmes ne sont pas des bourgeoises.

Qu’il s’agisse de la gestation pour autrui, de la pornographie, ou de la prostitution pour ne prendre que ces exemples qui font débat il est évident que la marchandisation du corps féminin doit se penser en contexte, c’est-à-dire dans une société capitaliste postcoloniale. Ainsi la question de l’émancipation du genre doit se focaliser sur la mise en place de conditions réelles permettant un consentement entendu comme choix libre et conscient : le seul moyen d’être sûr qu’une femme ne fera pas de son corps une marchandise n’est pas dans le contrôle du corps des femmes mais bien dans la destruction de la catégorie même de marchandise. Dans la mesure où les enjeux économiques omniprésents n’étant pas favorables à un tel consentement il faut admettre que ces seules questions répondent autant sinon plus au problème de la lutte contre l’aliénation générée par le capitalisme que par le patriarcat.

Il serait incohérent de vouloir privilégier théoriquement ou pratiquement la lutte contre l’un ou l’autre des systèmes oppressifs. La question du rapport entre genre et classe n’est pas nouvelle et nous pousse à les penser dans leurs similitudes comme leurs différences et interroger comment deux rapports d’oppression contribuent ou non au même système, au même ordre social. Dans cette perspective critique les féministes ont donc dénoncé deux réductions liées à la classe : d’un côté certaines ont critiqué la réduction des revendications féministes aux seuls intérêts des femmes bourgeoises (souvent blanches comme on verra pas la suite) tandis que la tendance inverse tout aussi réductrice a consisté à ne considérer les femmes que dans leur similitude au rapport d’exploitation de la classe prolétaire par le capital.

Le rejet du féminisme socialiste

Porté par des organisations syndicales socialistes, internationalistes, le féminisme socialiste jusque dans les années 1980 entendait lutter conjointement, sans dissociation contre le patriarcat et le capitalisme7. Les femmes se voyant comme autant sinon plus victimes du capitalisme (par la « double journée » notamment) que les hommes, elles ont toujours eu intérêt à lutter contre l’exploitation économique. Or si la plupart des féministes s’accordent sur la nécessité de lutter contre le patriarcat et contre le capitalisme, il faut rejeter la thèse suivante :

Thèse féministe socialiste : combattre le capitalisme c’est combattre le patriarcat, la lutte principale c’est la lutte des classes.

Christine Delphy (1980) et ensuite S. Jackson (2001) démontrent que puisque d’une part le patriarcat existait avant le capitalisme, cela rend fragile le prétendu lien de dépendance de l’un par rapport à l’autre tel qu’il est défendu par les socialistes et d’autre part que l’exploitation du travail domestique des femmes profitant surtout aux hommes et non pas directement au capitalisme, il faut combattre le patriarcat en tant que tel.

« Pour les féministes socialistes, l’oppression des femmes est due en dernière analyse au capitalisme, et ses bénéficiaires principaux en sont les capitalistes, tandis que pour les féministes radicales l’oppression des femmes est principalement due à un système différent, original, qui, s’il est étroitement mêlé dans la société concrète avec le système capitaliste, n’est toutefois pas confondable avec lui. Les hommes sont les bénéficiaires de ce système et ce système est le patriarcat.8 »

À partir de ce constat, si L’ennemi principal c’est le patriarcat9, il faut pouvoir l’analyser comme système. Le rejet de la thèse socialiste est décisif puisqu’il va donner naissance à grands courants contemporains :

  • en montrant le caractère spécifique de l’exploitation économique que subissent les femmes en maintenant la thèse dite matérialiste qui s’intéresse aux conditions matérielles économiques de l’oppression masculine.
  • en montrant le caractère culturel et en s’intéressant non plus aux conditions économiques mais au productions langagières, idéologiques et intellectuelles dans lesquelles s’ancrent le sexisme. C’est ce qui va donner lieu au féminisme postmoderne auquel on pourra reprocher l’erreur d’abandonner les questions matérielles au marxisme.

[Pour plus de précisions sur la rupture entre le féminisme matérialiste et socialiste Cf Travail de Recherche Annexe ici]

3.2 Genre et race : toutes les femmes ne sont pas blanches.

bell hooks
bell hooks

« Ne suis-je pas une femme ? » (hooks 1981)

Un deuxième axe de fracture vient frapper la prétention d’un sujet unifié : les rapports de race. S’il faut concevoir le patriarcat distinct du capitalisme sans en être séparé, il faut également inclure sans les confondre les différences que la race (comme catégorie sociale) produit sur le sujet féministe. La critique d’un féminisme jugé essentialiste a été portée par des femmes noires qui ne se retrouvaient pas dans un discours présupposant la femme comme blanche et bourgeoise. Angela Davis (1981) décrit précisément l’évolution historique de cette tension entre les rapports de genre, de classe et de race aux États-Unis à l’époque de l’abolition de l’esclavage (1865) et de l’accès au vote des femmes (voté par le Congrès le 4 juin 1919)10. De ce racisme dans le féminisme (comme il existait du sexisme dans l’antiracisme) bell hooks11 nous livre un témoignage simple et éclairant (p.151) :

« Les femmes blanches bourgeoises et de la classe moyenne qui constituaient l’avant-garde du mouvement n’ont fait aucun effort pour mettre en avant le fait que le pouvoir patriarcal, le pouvoir qu’utilisent les hommes pour dominer les femmes, n’est pas le privilège des hommes blancs bourgeois de notre société sans considération pour leur classe ou leur race. Les féministes blanches se sont tellement focalisées sur la différence de statut économique entre les hommes blancs et les femmes blanches comme indication de l’impact négatif du sexisme qu’elles n’ont pas prêté attention au fait que les hommes pauvres des classes populaires sont tout aussi capables d’opprimer et de maltraiter les femmes que tout autre groupe d’hommes dans la société états-unienne. La tendance féministe à considérer que pouvoir économique et oppression sexiste vont de pair les a amenées à désigner l’homme blanc comme l’ennemi numéro un. »12

L’enjeu mis en avant ici est celui de la considération des intérêts propres aux différentes manières d’être une femme mis en perspectives avec les différentes manières d’être Noir·e13. Face à l’absence de considération de la cause noire par les féministes blanches autant que de l’absence de considération de la cause féminine par les militants Noirs, les femmes féministes Noires vont élaborer le Black Feminism pour porter le discours des minorités racisées, non seulement « noires » de peau mais toutes celles n’étant pas reconnues dans la norme majoritaire blanche. Aujourd’hui la question raciale est importante et a donné lieu aux études post-coloniales qui cherchent à montrer comment l’histoire coloniale influence les structures sociales. En France au-delà des questions de genre s’est constitué Le Parti des Indigènes de la République (PIR) dont les revendications mettent en avant la spécificité de groupes sociaux issus de l’immigration d’anciennes colonies françaises. La question du voile et les débats sur l’identité nationale et l’intégration montrent à quel point ces questions semblent importantes au discours républicain. Delphy (2006) insiste sur la nécessité de penser ensemble antisexisme et antiracisme face à des positions comme Badinter (2003) pour qui la l’oppression des femmes serait dépassée en Occident14.

3.3 Genre et minorités sexuelles : toutes les femmes ne sont pas hétérosexuelles ou cissexuelles

« Les lesbiennes ne sont pas des femmes » (Wittig 1992)

En France, Monique Wittig est une des premières à travers La pensée straight (1992) à dénoncer dans la pensée féministe le présupposé hétéronormatif postulant la femme comme hétérosexuelle a priori. Judith Butler va principalement écrire Trouble dans le genre (1990) pour dénoncer ce présupposé même lorsque celui-ci est critiqué dans la psychanalyse (par Kristeva) avec la théorie du refoulement de l’homosexualité (qui présuppose une sexualité naturelle préexistante à la construction sociale ou psychique). De Monique Wittig on pourra donc comprendre que si la femme n’est que l’Autre de l’homme d’après Simone de Beauvoir (1949), alors cela fait des lesbiennes qu’elles ne sont pas des femmes ! Wittig va créer le courant de lesbianisme politique qui montre en quoi l’homosexualité féminine doit permettre de se soustraire aux relations sociales sexuelles oppressives. Cela n’est pas sans influence sur la pensée de Butler dans sa critique du présupposé hétérosexuel. Soit on garde l’idée que les femmes et la féminité se construisent dans leur altérité par rapport au masculin sans prendre en compte celles qui se considèrent femmes tout en étant soustraites à ces rapports et l’on affirme que « les lesbiennes ne sont pas des femmes » ; soit on abandonne ce présupposé de la femme comme étant uniquement et essentiellement l’objet d’une domination masculine sans restreindre l’analyse concrète de cette domination, ce qui conduit à élargir l’idée des « femmes » comme n’étant pas essentiellement construites dans le désir hétérosexuel ; soit on montre comme a pu le faire Butler (1990, 2005a) en quoi même dans des normes censées échapper aux schémas hégémoniques on retrouve ces présupposés (ainsi se reconduisent des comportements genrés dans les couples homosexuels). L’enjeu de la question des normes est bien là : comment en souhaitant sortir du modèle normatif classique on peut renforcer des normes plus profondes ?

Si les lesbiennes poussent les féministes à considérer des formes d’oppression particulières mais liées au même système patriarcal parce que subies par des femmes, les hommes homosexuels ne correspondant pas aux normes de sexualité apparaissent aussi comme des victimes. Depuis les années 1980 aux États-Unis et jusqu’à aujourd’hui ont émergé socialement ce que l’on désigne comme les minorités sexuelles, notamment à travers la lutte contre le SIDA et l’homophobie. Les communautés conscientes de souffrir d’un même système dans des conditions différentes vont faire émerger des revendications spécifiques. L’accès aux soins par exemple comme l’ont défendu Act Up ! La communauté gay et lesbienne va alors se réapproprier l’insulte américaine  « Queer » pour construire un mouvement dont l’identité est le refus de l’identité et donc la critique de la binarité de genre autant que la fixité de celui-ci ni même d’un sexe ou d’une sexualité. Les personnes transgenres et transsexuelles vont également semer le trouble dans l’identité en refusant non pas la binarité de genre en tant que telle mais surtout l’obligation de faire coïncider le genre « social » avec l’assignation de sexe. Une personne n’étant alors pas naturellement femme mais toujours sujette d’une construction féminine, l’élargissement du « sujet féminin » dans la théorie féministe doit permettre la reconnaissance des femmes qui ont été assignées au sexe masculin à la naissance. L’étude de l’œuvre de Butler doit fournir des clés de compréhension des fondements théoriques du mouvement Queer même si les stratégies politiques diffèrent en son sein15.

Le lesbianisme politique (Wittig) ou le mouvement Queer inspiré par Butler vont reprocher au mouvement féministe de prendre comme point de départ et d’analyse la domination masculine à l’intérieur de l’hétérosexualité, rendant selon eux difficile la prise en compte des personnes situées en dehors de ce cadre.

Cela dit, jusqu’ici j’ai essayé de montrer que les fondements construits du genre comme catégorie ou identité sociale sont à l’origine des inégalités qui se retrouvent dans un même système qu’il soit nommé « patriarcat », « domination masculine » ou « hétéronormativité ». La critique qui ferait du matérialisme une lutte des classes opposant seulement les hommes blancs contre les femmes blanches hétérosexuelles ne tient donc pas puisque la théorie matérialiste (Delphy 2008, Dorlin 2006,2009, Guillaumin 1992) peut et s’efforce de répondre aux problèmes soulevés par les rapports entre genre, classe, race, sexualité. Il faut donc admettre que l’analyse des rapports de genre se complexifie et que cela permet aussi de montrer ou du moins d’interroger dans quelle mesure ces rapports se soutiennent non pas essentiellement mais historiquement notamment dans l’analyse des structures de pouvoir telle que je la développe par la suite.

1Les données sont issues de Patric Jean, Les hommes veulent-ils l’égalité ?, Belin, 2015

2Voir Patric Jean op. cit.

3Christine Delphy, L’ennemi principal, 2. Penser le genre, Syllepse, 2009 (2001)

4Catherine Vidal (dir), Féminin/Masculin, Belin, 2015 (2006)

5Puisque la réflexion qu’elle porte sur le caractère binaire ou ternaire d’une division sociale reste la même puisque toute division est une hiérarchisation. Qu’il y ait donc deux ou trois cases ne change pas le problème.

6Fraser 2005, Lovibond 2010, Davis, hooks, Butler , Delphy 1998, 2001, MacKinnon, Jackson

7cf Engels : l’apparition de la propriété privée est concomitante de l’appropriation des femmes par les hommes. Delphy (2001) écrit une réponse de la bergère à Engels.

8Christine Delphy, L’ennemi principal, 2. Penser le genre, Syllepse, 2009 (2001), p.224

9Cette affirmation donnera son titre à un article de Delphy puis aux deux tomes de recueil d’articles paru en 1998 et 2001.

10Angela Davis, Femmes, race et classe, éditions Des femmes-Antoinette Fouque, 1983. Dominique Taffin et le collectif des femmes (trad). Women, Race and Class, Random, 1982

11La typographie de cette auteure est délibérément dépourvue de lettres capitales puisque selon elle, cela traduit la prédominance du patronyme, du nom du père, symbole du patriarcat. Par respect pour ce choix et en dépit des normes orthographiques d’usage j’utilise donc cette graphie particulière.

12bell hooks, Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme, Cambourakis, 2015 (1981) p.151

13Noir·e n’est pas la même chose que « noir·e ». Si l’adjectif renvoie à la couleur de peau, le substantif mis en avant avec la majuscule insiste sur la construction d’une identité sociale. Les Noir·e·s sont les personnes perçues comme n’étant pas dans la norme blanche-occidentale.

14D’après Delphy (2006)

15J’aborderai ces questions plus précises dans la seconde partie… en 2017

3 réflexions au sujet de « I. La construction du genre – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ? »

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