Colonialisme, impérialisme et libération animale

Traduction sur le pouce du billet suivant :

Colonialism, Imperialism and Animal Liberation

Le colonialisme n’est pas une machine pensante, ni un corps doté de facultés de raisonner. C’est la violence à l’état naturel, et elle ne cédera seulement que confrontée à une plus grande violence.

Frantz Fanon Les damnées de la terre.

Ce n’est pas nécessaire, en théorie, de pointer la brutalité et la violence qui ont permis aux projets coloniaux et impérialistes de différentes sociétés d’advenir à travers l’histoire. Comme disait Marx du capitalisme, ce sur quoi ces événements sont documentés dégoulinent de la tête aux pieds, depuis chaque pore, avec le sang et la poussière. Mais en pratique, le seul danger repose dans le fait de ne pas raconter suffisamment cette histoire plutôt que de la raconter trop souvent.

Que l’on parle des Africains, esclavagisés et exportés en Amérique comme un outil pour les intérêts impérialistes, des natifs Américains dépouillés de leurs terres, leur liberté et leurs ultimes vies, la misère absolue au Congo sous le règne belge,ou l’impérialisme britannique en Inde,les thèmes sous-jacents partagent une similarité frappante. Les corps des vaincu⋅es ont été objectifiés comme des machines pour faire le travail de leurs nouveaux maîtres, la terre et les fortunes ont été confisquées alors que les cultures et les sociétés, dans de nombreux cas, on été déchirées et détruites. Pour accomplir cela, une philosophie entière de domination a été appliquée à travers un réseau brutal de plusieurs couches de racisme, sexisme, persécution religieuse et universalisme culturel, strictement depuis la perspective des conquérants. Les cultures et pratiques des natif⋅ves ont été diffamées et démonisées (parfois littéralement, comme sous la forme des chasses aux sorcières), tandis que des comportements atroces de la part des empires envahisseurs – à la fois chez eux et dans leurs colonies – était souvent expliquée comme justifiée ou même nécessaire.

Ce n’est donc pas étonnant alors que l’anarchisme soit par définition opposé à ces pratiques de domination et que les anarchistes figurent parmi les plus critiques des ces procédés et de leurs effets persistants. C’est d’autant plus le cas aussi pour les anarchistes engagés dans la lutte pour la libération animale, car plusieurs parallèles peuvent être tirés dans la manière dont le statut hautement diminué des animaux non-humains pouvait être utilisé comme une plateforme pour déshumaniser et déligitimer les populations conquises et leurs cultures. Avec le récit qui colle parfaitement aux animaux de n’être que des outils et des objets pour l’exploitation animale, les populations colonisées étant étiquetées comme animaux cela a immédiatement suscité les associations voulues.

Malgré cela, certains voudrient faire correspondre la lutte pour la libération animale avec le projet impérialiste, comme une forme d’impérialisme culturel, rendant certains anarchistes ou autres activites de la libération animale comme partisans d’une des choses qu’ils ou elles détestent le plus. C’est souvent le fort plaidoyer pour l’abstention totale d’exploitation animale – le véganisme – qui conduit à de telles accusations de racisme et d’impérialisme. Comment pouvons-nous imposer des valeurs occidentales aux cultures et sociétés indigènes ?

C’est une sérieuse accusation, et qui est perçue de manière compréhensible comme une instule pour beaucoup qui sont engagé⋅es dans la lutte anti-spéciste. Mais en fin de compte cela vaut le coup d’en prendre compte, parce que cela éclaire un peu plus certains des présupposés implicites de l’accusation elle-même. Pour commencer, l’impérialisme, et tous ses moyens destructeurs, a été un moyen de dominer les autres, et d’affirmer la prédominance d’une culture sur une autre. Le véganisme, en ce sens, est aculturel. Il n’applique pas de double standard en laisant quelquechose s’introduire à une place et pas à l’autre, et n’essaie pas d’établir de hiérarchies culturelles et ne cherche pas à établir de domination. Au contraire, c’est le démantellement de la domination, dans toutes ses formes, que les véganes anarchistes recherchent. Nous n’accepterions pas d’expressions culturelles impliquant l’esclavage, le patriarcat ou l’exploitation économique – peu importe de quelle culture on parle – donc pourquoi devrions-nous accepter toute autre forme de domination à un endroit et pas à un autre ? Gary L. Francione, un partisan de la libération animale, répond succintement à cette accusation :

Ceux de ce groupe posent la question et assument que le spécisme soit justifié. C’est, leur position revient à l’idée que c’est raciste ou culturellement indifférent de chercher à protéger les intérêts d’un autre groupe marginalisé et particulièrement vulnérable d’animaux non-humains. J’imagine que la plupart de ceux qui partagent ce point de vue ne s’y opposeraient pas si les êtres mis à l’écart étaient d’autres humains. Mais ce n’est qu’une autre façon d’affirmer la suprématie humaine et l’exceptionalisme. Je trouve cela aussi répréhensible que d’affirmer une suprématie raciale.

Racism Versus Speciesism : A Moral Battleground ? – Katrina Fox

Au contraire, les anarchistes véganes épousent les valeurs qui sont strictement en conflit avec la culture occidentale contemporaine, et beaucoup d’efforts sont à juste titre dirigés vers les sociétés occidentales parce que c’est là qu’une part significative de l’extrême exploitation des animaux non-humains a lieu. Ce n’est pas seulement que, c’est souvent l’influence occidentale qui augmente – ou au moins qui exerce une pression culturelle et économique pour le faire – les niveaux d’exploitation animale dans les sociétés qui utilisent pas ou relativement peu de produits animaux, comem le cas de l’Inde et des Jaïnistes en particulier. Les véganes anarchistes ne veulent pas enlever aux peuples leurs moyens de subsistence. L’affirmation est plutôt que quiconque ayant les prérequis pratiques – économiques, environnementaux, sociaux – se doit de choisir de ne pas faire souffrir des êtres sentients pour des raisons quasiment arbitraires comme des vieilles habitudes ou des préférences de goûts.

En fait, en essayant d’appliquer des connotations impérialistes aux partisan⋅es du véganisme, on positionne involontairement les cultures occidentales comme le sujet, et les cultures indigènes comme l’objet. Comme si la culture occidentale était dynamique, toujours changeante et ouverte au questionnement, tandis que les cultures indigènes resteraient statiques et confinées à l’état dans lequel les pouvoirs coloniaux leurs auraient trouvé des centaines d’années en arrière, incapables d’évoluer et incapables de défier leurs propres normes et de les développer. En effet, comme Margaret Robinson, une végane d’origine indigène le pointe :

Quand le véganisme est conçu comme blanc, les gens des premiers États qui ont choisi un régime sans viande sont décrits comme sacrifiant l’authenticité culturelle. Ceci présente le défi pour ceux d’entre nous qui voient nos régimes véganes comme éthiques, spirituels et culturels compatibles avec nos traditions indigènes.

Indigenous Veganism: Feminist Natives Do Eat Tofu – Margaret Robinson [lien]

L’offensive contre la pensée spéciste devraiet transcender les frontières culturelles, comme le derait n’importe quelle lutte globale contre l’oppression, et ainsi unir les participant⋅es par-delà de telles divisions. Questionner une partie des cultures sur les bases de l’oppression – de l’intérieur ou non – est seulement hypocrite quand c’est fait de manière traditionnelle en ignorant les mêmes problèmes qu’on a chez soi. Mais ici les véganes et anarchistes sont inflexibles, et soulignent l’injuste dans la culture occidentale comme une des larges causes du problème en premier lieu. Dans de nombreuses légendes indigènes, l’utilisation des animaux a été vue comme un sacrifice, qui était fait par nécessité, et pas par possiblité de dominer. Beaucoup de ces cultures ont été poussées au-delà d’une telle relation avec la nature, et elles peuvent selon leur propre héritage spirituel et culturel trouver des arguments pour dépasser la relation objectifiée avec les animaux souent imposée par la conquête impérialiste. En d’autres mots, quand les conditions matérielles ne nécessitent plus l’exploitation d’animaux non-humains pour la survie, les traditions indigènes peuvent dans de nombreux cas être vues comme un argument pour le véganisme, et pas contre lui.

Quand les gens ciblent le véganisme avec ce genre de critique, l’appelant aussi typiquement une forme de consumérisme, ils se trompent en en faisant la seule et unique solution à un problème. Mais je n’ai pas besoin de penser que m’abstenir d’acheter des esclaves, en soi, arrêterait la traite des esclaves, pour penser qu’il serait non éthique pour moi de participer au commerce d’esclaves. Par conséquent, le militantisme et le véganisme sont deux composantes pour atteindre un but – la fin de la domination humaine sur les animaux non-humains.

Tandis que la composante militante de la libération animale promeut l’agitation, l’action directe et des activités similaires, le véganisme est une manière de déjà vivre dans l’instant sans être complice dans la perpétuation de l’exploitation, qui, en plus de montrer que nos fins peuvent être des moyens, montre aussi que c’est une alternative viable, et que cela ouvre la voie que d’autres pourront suivre. Le fardeau de la preuve devrait être pour les participants du cycle de l’exploitation animael pour montrer que malgré leur participation, leurs choix n’ont pas d’effets négatifs sur ce qu’on appelle le bien-être des créatures sentientes. Parce que si leurs choix ont de telles conséquences, et il y a une pratique alternative qui n’en a pas, alors clairement cette alternative est le meilleur choix. Ceci est spécialement vrai si l’alternative se coordonne avec la lutte plus large contre la domination.

Il y a une différence ici entre d’un côté la lutte anticapitaliste et de l’autre la lutte antispéciste. Tandis que le capitalisme permet notre société entière, et il peut être très dur ou même contre-productif de s’en séparer complètement, notre domination sur les autres animaux fait littéralement sa pub où que nous soyons et est souvent évitable facilement, donc nous n’avons pas à nous marginaliser dans la société où agir de façons hautement non pratiques pour nous retirer de sa perpétuation. Au lieu de cela, une critique pointue des pratiques capitalistes comme l’élevage industriel animal peut être utilisé comme point de lancement d’une attaque en bloc du capitalisme comme système. Des synergies abondent, des camarades, et nous devrions tous nous supporter les un⋅es les autres pour construire un mouvement fort et vif, aux multiples facettes qui défie les idéologies dominantes de la société présente sur tous les fronts sur lesquelles elle entre en conflit avec la liberté et le bien-être.

Le véganisme, un choix éthique, est ainsi un complément cohérent au militantisme dans la quête d’en finir avec la domination humaine sur l’exploitation des animaux non-humains. Il transcende les cultures, de la même manière que d’autres formes d’oppressions devraient susciter de la résistance peu importe où elle elles persistent. Toutes les cultures vivent et évoluent constamment, et peuvent à l’intérieur de leur propre compréhension culturelle trouver les outils et les moyens à travers lesquels le spécisme, le racisme, le sexisme, le capitalisme ou n’importe quelle autre forme de domination peut être combattue. Quiconque combat la domination devrait trouver dans son intérêt de s’engager ou au moins de supporter la lutte antispéciste, car quelle forme plus grave de domination pourrions nous imaginer que la notion qu’il est acceptable de faire souffrir et de tuer des êtres sentients parce qu’ils ont bon goût ?

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