Un tourisme décolonial est-il possible ?

Ébauche d’un programme de recherches sur la possibilité de décoloniser le tourisme.

1. Le tourisme est historiquement le produit de rapports coloniaux. C’est-à-dire qu’il a été à la fois le but et le moyen de maintenir un rapport d’oppression sur des territoires et des peuples. En quoi les structures touristiques actuelles sont-elles l’héritage d’un passé colonial qui continue d’entretenir une répartition des biens et services inégale ?

2. Il faut définir le tourisme et en déployer les différentes facettes : économique, culturelle, écologique, politique, etc… pour pouvoir démontrer si oui ou non différentes formes de tourisme participent encore aujourd’hui d’un rapport colonial ou néocolonial. Si le tourisme est le biais privilégié des échanges culturels (dans l’idéal universaliste) c’est donc un instrument fort de normalisation à travers par exemple l’exotisation de cultures indigènes.

3. Cela implique de discuter d’une définition de ce que sont les rapports coloniaux aujourd’hui, d’inscrire cette discussion dans la transformation de ces rapports. Le tourisme d’aujourd’hui n’est pas le tourisme aristocratique du XVIIIè siècle, il a changé autant que le racisme et les rapports sociaux de race ont changé. On peut faire l’hypothèse que le tourisme n’est qu’une des formes d’un racisme soft, adouci, édulcoré, venant entretenir l’idéal d’un universalisme aveugle aux inégalités sociales de race.

4. Une charte du tourisme éthique ou responsable a été développée par les industriels du tourisme pour répondre à des problèmes « éthiques ». Quelles sont les interrogations auxquelles tente de répondre une telle charte ? Quelles sont les interrogations qui sont oubliées ? En quoi une telle charte répond-elle à ses propres interrogations ? En quoi – évidemment – elle ne saurait répondre aux problèmes qu’elle ne voit pas.

5. Dans un contexte de crise écologique et sociale globalisée, jusqu’où est-il légitime d’envisager le tourisme indépendemment des autres rapports politiques, sociaux et culturels ? Si le tourisme semble être l’incarnation de la liberté absolue, la liberté de circuler et de profiter du « monde entier », n’est-ce pas alors l’activité même qui marque les rapports de classe et de race à l’échelle planétaire ? Comment prendre en compte la montée des classes aisées dans les pays les moins riches ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *