« En finir avec l’idée de culture »

Lectures croisées de Pourquoi un féminisme matérialiste est (encore) possible – et nécessaire ?

Stevi Jackson (2001) article traduit de l’anglais par Françoise Armengaud paru en 2009 dans « Les nouvelles questions féministes »

En regard avec Un féminisme matérialiste est possible de Christine Delphy (1980) ; et

« Merely cultural » de Judith Butler (1997)

  1. Mon travail de recherche

    Afin de comprendre les enjeux de ma présentation je dois esquisser mon travail de recherche. Dans le domaine de philosophie sociale (qui s’intéresse grossièrement aux phénomènes de politisation et de socialisation ; là où la philosophie politique ne s’intéresse qu’à la justice dans les formes institutionnelles et là où la sociologie étudie de manière neutre les comportements sociaux) on peut séparer deux questions : descriptive (comment fonctionne la société, qu’est-ce qui ne fonctionne pas?) et normative (comment faire pour que ça fonctionne mieux). Pour répondre à ces questions générales m’est apparu la nécessité d’étudier non pas le féminisme comme un champ de recherche dans la philosophie mais de considérer comment les théories féministes ont bouleversé la théorie et la pratique. Mais cette intuition générale demande des précisions car si l’on parle de théories féministes et pas de la théorie féministe c’est qu’il faut distinguer les différences de thèses et de méthodologies. Je me concentre d’abord sur l’œuvre de Judith Butler, philosophe féministe américaine et militante pour les droits civiques pour interroger sa théorie de la performativité qui est une manière de rendre compte du processus de création et de maintien des normes sociales. Personnellement militant libertaire ou égalitariste, je souhaite étayer la théorie de l’émancipation humaine mais aussi animale. Les enjeux sont donc de réussir à penser conjointement des systèmes de domination qui semblent indépendants. Je cherche donc dans les textes que je lis des analyses qui permettent de penser l’analogie, la cohérence ou les incohérences entre les dominations de classe, race, genre, espèce, etc.

Je voudrais étudier un article qui sera le support d’une présentation du courant théorique que l’auteure défend, à savoir le féminisme matérialiste (représenté notamment par Christine Delphy, Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Monique Wittig). Cet écrit doit susciter un intérêt pour plusieurs raisons : il formule un bilan, une réponse et un réaffirmation vingt ans après d’un texte important du courant féministe matérialiste français, « Un féminisme matérialiste est possible » de Christine Delphy ; d’autre part l’article se termine par une critique de positions butleriennes fertiles pour ma propre réflexion. Il s’agit donc ici de reprendre quelques arguments contre les théories post-modernes, socialistes, marxistes ou queer à la faveur des thèses matérialistes et rendre compte des reproches qu’ont fait Michèle Barrett et Mary McInstoch en 1979 à Christine Delphy soutenue par les défenses de Stevi Jackson ; pour interroger la position délicate du travail de Butler.

L’auteure commence par retracer les grands moments de l’histoire des théories féministes à savoir le tournant linguistique et culturel ayant donné lieu à des positions post-modernes. Elle y place alors le féminisme matérialiste pour montrer comment celui-ci répond et critique les théories féministes d’un côté et les théories marxistes ou matérialistes de l’autre. La question est de savoir comment patriarcat et capitalisme sont liés. La thèse culturelle fait reposer le patriarcat sur des rapports sociaux qui sont culturels et indépendants même si influencés par le capitalisme, tandis que la thèse matérialiste incluant les rapports sociaux au sein même de l’économie, réussit à articuler les deux systèmes.

L’article veut montrer pourquoi alors que la majorité des féministes prenaient à juste titre leurs distances avec le marxisme certaines n’ont pas pris le « virage culturel ». Tout en s’inspirant du courant historique, le féminisme matérialiste fait la critique du marxisme : le matériel n’est pas seulement question de relations économiques capitalistes. Le marxisme des années 70 ne prenait pas en compte les inégalités dont il n’arrivait à démontrer la fonction, et de même il semble que les postmodernes échouent à cette tâche.

  1. Dépasser le marxisme…

    Voici quelques thèses et leurs critiques matérialistes qui montrent en quoi le marxisme est insuffisant.

(1A- Thèse marxiste) On peut décrire une pratique théorique marxiste orthodoxe qui s’intéresse à la critique des modes de production capitalistes, avec les inégalités sociales que le capitalisme génère. Cette position orthodoxe met en avant la lutte des classes en considérant que les celles-ci sont indifférentes au genre : les classes opprimées sont avant tout les prolétaires, hommes ou femmes.

(1B-a – Réponse matérialiste) La domination masculine, le patriarcat, l’exploitation des femmes, le genre, peu importe les noms qu’on leurs donnent sont le résultat de l’exploitation économique d’une classe sur une autre, à savoir l’homme sur la femme. Et Delphy met en avant le travail domestique en s’appuyant sur ses études sociologiques dans le milieu paysan.

« Or ceci est faux ; l’analyse du mode de production capitaliste est indifférente à la division sexuelle dans le sens où le fait que les positions ne puissent pas être occupées indifféremment par des hommes ou des femmes n’est même pas perçu comme un problème ; elle lui est indifférente, certes, mais dans le sens opposé : elle tient la division sexuelle pour acquise, elle la reconnaît et l’intègre, elle est fondée dessus. »1

(1B-b – Réponse matérialiste) Les femmes ouvrières sont absentes des analyses marxistes.

(3A – Thèse marxiste Himmelweit (1977)) Ce serait parce que le travail domestique produit des valeurs d’usage et non des valeurs d’échange qu’il n’est pas payé
(3B – Réponse matérialiste) Les femmes produisent bien des biens pour le marché, comme le montre les études sociologiques de Delphy.

(4A – Thèse marxiste) Le travail domestique des femmes bénéficie au capitalisme et à lui seulement
(4B – Réponse matérialiste) C’est faux ! non seulement il bénéficie à la classe des hommes, mais il peut ne pas bénéficier au capitalisme que ça ne changerait rien.

  1. mais sans jeter le bébé avec l’eau du bain

« Ce n’est pas une forme de déterminisme économique ». Il s’agit de mettre le social au premier plan, sans le réduire au capitalisme. Le féminisme matérialiste utilise plutôt le matérialisme historique comme « une méthode pour analyser les rapports entre hommes et femmes comme relevant de la société plutôt que de la nature ».

Jackson rappelle que jusqu’en dans les années 1980 les théories féministes dominantes ont puisé dans le marxisme. Le concept de classe, d’oppression, etc. se retrouvent ainsi. On leur reprochait de ce fait d’être fondationnaliste, essentialiste ou universaliste, de ne pas prendre en compte les inégalités transversales liées à la race ou la sexualité non hétéro. Or s’il y a bien des critiques à faire, et qui ont été faites, tout n’est pas à rejeter en bloc :

« Les gens qui se sont appropriés le marxisme, ont d’une part réduit le matérialisme à la seule analyse du mode de production capitaliste, d’autre part, évacué le matérialisme même de cette analyse. »2

(2A – Thèse marxiste) L’histoire est lutte des classes.
(2B – Réponse matérialiste) Le féminisme matérialiste accepte cette thèse en précisant que : oui, l’histoire de la société est l’histoire des antagonismes qui la traversent, mais non ces antagonismes ne peuvent se réduire à la lutte ouvrière et l’opposition ouvriers/capitalistes ne peut être tenue comme la seule dynamique de la société.

Il faut donc rejeter le marxisme orthodoxe mais en conserver le matérialisme historique comme une méthode d’analyse. Delphy garde également des concepts forts comme celui de classe qu’elle applique à la catégorie sociale de femmes pour insister sur le fait que les femmes sont bien une classe exploitée, et ainsi accentuer la dimension de l’oppression économique et par le travail.

  1. Sortir du tournant culturel

Le linguistic turn est un moment dans l’histoire de la philosophie qui a marqué une rupture dans la manière de penser le social, la philosophie ou les sciences. Certaines féministes ont donc abandonné le marxisme ou le structuralisme hérité de Saussure (linguiste) et Lévi-Strauss (anthropologue) comme cadre d’analyse au profit de questions tournées sur le social comme culture, langage, symbolique, etc. Y est associé tout un travail qui continue sur la subjectivité, la représentation, dans la suite de la psychanalyse freudienne ou lacanienne. Mais si les féministes matérialistes rejettent également le marxisme et le structuralisme ; elles ne rejettent pas toutes les thèses « post-structuralistes » qui lient langage, représentation et pouvoir mais insistent sur la base matérielle du pouvoir, le travail et la sexualité principalement. La critique adressée aux féministes ayant suivi la vague linguistique est une réduction des inégalités sociales à du simplement culturel3.

Les études féministes se seraient concentrées sur une domination comme culturelle et idéologique. Et l’on reprochait à Delphy de rejeter ces champs d’étude, ce qui est faux.Ainsi bien qu’on portait un discours de critique de la catégorie « femmes » comme construction sociale, on faisait reposer celle-ci sur une différence sexuelle, biologique, plutôt que sur une hiérarchie sociale. Même en critiquant ces catégories, certaines théoriciennes ne vont pas remettre en question les structures sociales d’où elles découlentce que cherche précisément à faire les matérialistes.

Les structures sociales elles-mêmes sont perpétuées par les pratiques humaines. Le social inclut le culturel, mais le culturel n’est pas le tout du social. C’est insuffisant d’étudier la symbolique et le langage, la représentation. Il y aurait une opposition entre vie quotidienne et trame sociale. Delphy notait un rejet de l’interprétation des rôles sociaux en termes de travail et en termes de l’économie, avec une utilisation et instrumentalisation d’une critique faite à son encontre dite « économiste ».

(5A – Thèse culturelle) L’idéologique peut exister sans l’économique

(5B – Réponse matérialiste) L’idéologique découle de l’économique : après Althusser : « un rapport matériel, vécu, qui a ses propres pouvoirs de détermination. » aussi appelée « la matérialité de l’idéologie ». Or ne pas confondre idéologie et subjectivité ou psychologie. Il y a du psychologique dans l’idéologique, mais l’un ne peut se réduire à l’autre.

(6A – Thèse culturelle ) L’idéalisme est le théorie selon laquelle la structure sociale est produite par des idées, qui sont elles-mêmes produites par rien. (appuyée par l’idée que l’idéologie est une chose à part, en soi).
(6B – Réponse matérialiste) L’idéologie n’est pas seulement le concept « d’idées ».

(7A – Thèse culturelle) L’exploitation des femmes est réduite au superstructurel.
(7B – Réponse matérialiste) C’est faux ! Surtout que les gauchistes acceptent que le travail ménager fait partie du patriarcat.

« L’existence d’une idéologie sexiste, raciste ou classiste ne peut s’expliquer sans l’exploitation, l’existence d’une exploitation exige la constitution d’une population exploitée, ce qui à son tour amène la création d’une idéologie sexiste, raciste ou classiste. Ainsi quand on trouve réunies et une exploitation matérielle et une idéologie dévalorisante appliquées au même groupe, la primauté logique de la première est la conclusion inévitable. »4

Il s’agit encore et toujours de la violence masculine : exploitation du travail domestique des femmes, bas salaires. Jackson insiste sur le travail sociologique permettant de fournir des données et une vision réaliste « de la vie sociale, depuis les inégalités structurelles jusqu’à l’interaction quotidienne ». Cela inclut donc la subjectivité, la culture au sens large. Renvoyer la lutte des femmes hors de la lutte économique, en gardant l’idée que la lutte de gauche est économique c’est un moyen de rejeter la lutte des femmes comme secondaire.

Redéfinir le concept de construction sociale. La construction sociale du genre d’après Jackson s’appuie sur quatre niveaux :

1) La structure sociale dans laquelle le genre apparaît comme un rapport hiérarchique qui repose sur le travail et la sexualité hétéronormative. « La domination a pour ressort ultime l’exploitation. Ce postulat explique et/ou est expliqué par l’idée que la façon dont la vie est matériellement produite et reproduite est la base de l’organisation de toute société, donc fondamentale aussi bien au niveau individuel qu’au niveau collectif. »5

2) Le sens que prend au niveau culturel le genre repose sur les normes de comportement, d’attitudes, de goûts qui séparent la féminité de la masculinité. On retrouve encore la sexualité et l’hétéronormativité comme discours hégémonique.

3) Les pratiques quotidiennes où se déploie, c’est-à-dire se répète et se performe ce sens (dimension collective) à travers les individus. C’est particulièrement cette question qui m’intéresse pour mon travail de mémoire, puisque la théorie de la performativité s’intéresse au maintien des normes dans la répétition de pratiques quotidiennes, de performances (mise en forme du sens, des valeurs). La problématique que je soulève est celle des possibilités de transformation à l’intérieur des normes sociales : certes nous avons une liberté, mais jusqu’où sommes-nous créateur⋅ice⋅s de normes alternatives ?

4) Jackson affirme que « Finalement, sexualité et genre sont socialement construits au niveau de la subjectivité, à travers un processus social et culturel complexe par lequel nous acquérons des identités et des désirs sexuels et genrés. » Mais c’est précisément cela qui pose problème, encore une fois : quelles sont les marges de liberté que l’on peut trouver entre le social et le sujet ? d’après elle, un constructivisme culturel ne parvient pas à penser le lien avec le social, car tourné davantage vers la psychanalyse.

Jackson oppose le social et le culturel, ce qui doit pointer le fait que le constructivisme culturel oublie le premier niveau, celui de la structure. Si on reprend la phrase de Beauvoir, « on ne naît pas femme, on le devient » on peut opposer l’idée de construction à l’idée de nature, mais si on se contente de faire reposer cette construction sur une culture dont les lois sont données comme immuables a priori alors on voit mal comment cela change les possibilités d’émancipation par rapport à une nature. On risque en fait de faire jouer à la culture le même rôle que celui dont on cherche à se détacher dans la nature. Le concept de social cherche à reposer sur des bases moins fixes, plus matérielles et donc laissant la voie à l’émancipation.

Matérialisme et théorie Queer : le travail de Butler

Le féminisme partage avec la théorie queer le caractère social du genre et de l’hétérosexualité mais prend pour point de départ la domination masculine à l’intérieur de l’hétérosexualité, là où la pensée queer cherche seulement à déstabiliser la division binaire qui sous-tend l’hétérosexualité normative. Butler qui se situe entre les deux, qui s’affirme féministe tout en travaillant dans un cadre théorique queer, voit dans le genre une différence culturelle, mais qui relève de conditions matérielles. Le problème que soulève Jackson et qui m’intéresse est donc bien le suivant : si le genre est une différence culturelle, celle-ci doit pouvoir s’expliquer autrement que par la culture elle-même. Butler dans son article de 1997 semblerait remettre cette théorie en cause, se rapprochant du courant matérialiste en insistant sur l’origine matérielle des différences culturelles. Pourtant elle échoue selon Jackson puisqu’elle critique le structuralisme pour revenir à un marxisme purement économique dans son analyse de la famille et de la sexualité, écartant le travail ou le rapport de classe. Jackson reproche également à Butler d’affirmer que les normes hétérosexuelles confortent le capitalisme sans l’expliquer. Je suis d’accord et c’est dans cette perspective que je travaille. Ensuite elle écrit :

Les approches culturelles (celles de Butler et d’autres) ignorent non seulement les soutiens structurels sociaux du genre, qui contribuent à expliquer pourquoi il existe sous sa forme habituelle, mais aussi les pratiques sociales quotidiennes qui révèlent comment le genre et l’hétérosexualité sont continuellement construits et reconstruits dans la routine de l’interaction sociale.

Et plus loin :

De plus, les performances transgressives de sexe et de genre ne peuvent avoir que peu d’effet social sans une érosion des inégalités matérielles associées aux divisions genrées du travail et des ressources, et sans un démantèlement des institutions par lesquelles est maintenue la place privilégiée de l’hétérosexualité dans la société.

Ce sont précisément ces questions qui m’intéressent, j’adhère aux critiques faites à Butler, puisque je souhaite interroger la manière dont on pourrait répondre à ces problèmes avec la théorie de la performativité, en l’appliquant dans un cadre d’analyse matérialiste. De plus on a beaucoup reproché à Butler ou à la théorie queer en général de passer à côté du véritable problème de la domination :

Or, cela ne saurait contrer le principe même du genre : on ne subvertit pas une hiérarchie en introduisant davantage de rangs intermédiaires entre le dominant et le subordonné.

En replaçant dans le contexte de mon travail de recherche, je pose alors la question de savoir à partir de quand et jusqu’où une norme alternative, subversive est-elle vraiment apte à bouleverser la norme dominante à laquelle elle s’oppose, en soulevant la question de la radicalité exposée dans la conclusion de l’article de Jackson.

En finir avec le capitalisme ?

Ce qui gêne le féminisme matérialiste c’est que sa conclusion amène à dire que le travail des femmes profite davantage aux hommes qu’au capital, et que pour mettre fin aux inégalités sexuelles il faut que les hommes, prolétaires comme bourgeois, renoncent à leurs privilèges ce qui oblige à bouleverser considérablement l’ordre social (position qui est vue comme radicale et effrayante, surtout pour les mâles). Le capitalisme ne doit pas être le faux ennemi que des pseudos féministes tentent de se donner, manquant l’ennemi principal (titre d’un article de Delphy qui a donné son nom aux deux tomes majeurs de compilation de son travail) qui est le patriarcat.

Un féminisme matérialiste, c’est-à-dire une analyse des oppressions par leurs soubassements économiques plutôt que culturels est donc nécessaire puisque sans cette critique on voit difficilement comment renverser l’oppression. L’enjeu est donc bien de savoir à quel niveau, à quel endroit agir : le culturel ? le juridique ? le discours ? le corps ? les normes ? Mon travail s’inspire en cela profondément de la volonté matérialiste d’ancrer la théorie et la pratique dans le quotidien et les bases matérielles de la production et reproduction du social. Si le genre, la race ou l’exploitation animale n’étaient que des traits culturels, cela voudrait dire qu’on pourrait renverser les inégalités qui y sont liées sans toucher aux rapports économiques. À l’inverse si les inégalités n’étaient que politiques ou juridiques, il suffirait de changer les lois et les structures pour établir l’égalité. Or cette problématique qui apparaît comme une simple dialectique appelle bien à interroger les féminismes marxistes et postmodernes ainsi que la théorie queer pour affiner les analyses théoriques et améliorer les pratiques émancipatrices.

1Christine Delphy, L’ennemi principal, t.2 Penser le genre,, 133

2Christine Delphy, L’ennemi principal, t.2 Penser le genre, , 132

3« Merely cultural » Judith Butler, 1997

4Christine Delphy, L’ennemi principal, t.2 Penser le genre, p. 152

5Christine Delphy, L’ennemi principal, t.2 Penser le genre, p. 152

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