Glossaire décolonial

Cette page a pour objectif de fournir des définitions courtes et précises pour se familiariser avec la pensée décoloniale en fournissant un maximum de ressources pour approfondir chaque concept et problématique. Cela se veut offrir des premiers repères pour toute personne découvrant ces concepts et idéologies. Les points de vue ne se veulent en aucun cas objectifs ! Cela constitue un travail en construction et les suggestions, remarques sont donc les bienvenues !

-A-

Afrodescendent-e : désigne les individues ayant des parentés africaines.

voir aussi : Panafricanisme

Afroféminismes : mouvement des féministes afrodescendantes.

pour en savoir plus : Collectif Afroféministe Mwasi

Appropriation culturelle : quand une personne ou un groupe adopte une pratique culturelle ou des représentations  d’un groupe opprimé sans être légitime et en détournant le sens original. Cela est réducteur et violent
Par exemple : l’appropriation d’un style vestimentaire ou d’une coiffure ayant une signification propre (dreadlocks, keffier)…

à lire : l’écho des sorcières

Voir aussi : exotisation, impérialisme culturel

Assimilationisme : politique nationaliste visant à « assimiler » les personnes issues de l’immigration en les obligeant à nier leurs identités propres pour se soumettre à une identité unique, l’identité nationale…

Voir aussi : identité nationale

-B-

Black feminism (anglais) : mouvement féministe des femmes noires états-uniennes critique à la fois du sexisme des mouvements pour les droits civiques des hommes Noirs et du racisme des mouvements d’émancipation des femmes Blanches.
Angela Davis, bell hooks,

Voir aussi : intersectionnalité

Black face : pratique qui consiste pour des Blanc-hes à se déguiser en Noir-es. Au-delà des stéréotypes véhiculés qui sont réducteurs, il y a une violence à faire de la couleur de peau, de l’origine, de l’ethnie un simple « atout » esthétique ou folklorique…

Blanc-hes : ce n’est pas une couleur de peau puisque personne n’a la peau blanche comme la neige. Ce terme désigne une position privilégiée dans un rapport social de races. On est blanc que si d’Autres sont non-Blanc-hes. On peut mettre une majuscule pour différencier l’adjectif qui renvoie à la couleur de peau blanc et l’adjectif ou le nom qui renvoie au statut social Blanc.

Blantriarcat : par association avec le concept de patriarcat, le blantriarcat désigne le système dans lequel les hommes blancs dominent.

-C-

Code Noir : texte juridique qui définissait la soumission des Noir⋅es envers les maîtres Blancs.

colorblind : désigne l’idéologie et les pratiques qui se veulent indifférentes à la race sous prétexte d’absence de fondements biologiques. La République Française en refusant d’assumer l’existence d’un traitement différencié en fonction des races se veut alors colorblind ou aveugle à la race.

Colorisme : désigne des discours ou pratiques qui instituent des hiérarchies entre les individues en fonction de la clarté ou non de leur couleur de peau.

confusionnisme : désigne la stratégie politique ou le manque d’analyse intellectuelle qui réduit la position antisioniste à l’antisémitisme pour opposer les juifs et les arabes.

communautarisme : 1. désigne le fait de vivre ou s’organiser avec des gens qui nous ressemblent. On cible particulièrement les communautés issues de l’immigration et l’idée de communautarisme appuie le manque d’intégration et la peur des Blancs de ne pas tout contrôler.
C’est quand même bizarre de parler de communautarisme pour des collectifs d’indigènes (personnes hétérogènes) alors que la plupart des partis, orgas, syndicats et associations sont majoritairement bien homogènes mais Blanc-hes.

à lire : Qui a peur du communautarisme ? – Sylvie Tissot sur le site Les mots sont importants.

culturel : voir à racisme pour racisme culturel,  impérialisme culturel et réappropriation culturelle

-D-

différentialisme : désigne toute les idéologies qui se fondent sur des différences réelles ou imaginaires pour justifier une inégalité dans les droits reconnus aux un⋅es et aux autres (Pierre  Tévanian, La mécanique raciste, p.24).
On parle pudiquement d’ethnodifférentialisme pour ne pas dire racisme.

-E-

(racisme d’) État : discours et pratiques racistes portées par les institutions étatiques sans que l’État soit ouvertement raciste comme en Afrique du Sud avec l’apartheid ou sous Vichy. Cependant ce n’est pas parce qu’il ne le veut pas qu’il ne l’est pas dans les faits. La loi contre le voile et les violences policières sont la preuve que l’Etat n’est pas neutre face à la race.

état d’urgence : prétexte gouvernemental pour justifier la montée de l’islamophobie d’état.

ethnocentrisme : désigne le fait de poser comme universel un point de vue particulier qui n’est que la construction historique d’une culture particulière.

Voir aussi : universalisme

ethnodifférentialisme : cf différentialisme

exotisation : 1. fait de mettre en avant des traits culturels stéréotypés pour faire la promotion d’une culture, d’un groupe, d’une personne. 2. fantasme envers une population ou une personne qui est réduite à sa culture ou sa race.

Voir aussi : impérialisme culturel, réappropriation culturelle

à écouter : Besoin d’oxygène – Rocé

-F-

Fémonationalisme : désigne un discours ou une pratique politique qui utilise des revendications féministes pour servir des intérêts nationalistes et racistes. La loi de 2004 contre le voile est un exemple de fémonationalisme.

Fragilité blanche : désigne la réticence pour les Blanc-hes à reconnaître leur position privilégiée dans l’organisation raciale de la société.

-H-

Homonationalisme : désigne un discours ou une pratique politique qui utilise des revendications de minorités homosexuelles pour servir des intérêts nationalistes et racistes.

Homoracialisme : utilisation de la question raciale pour promouvoir les questions LGBT.

humour oppressif : propos qui se veut drôle mais qui dévalorise, ridiculise, réduit des personnes, groupes, populations à des stéréotypes. Que ce soit drôle ou pas (pour certain⋅es) l’humour oppressif est de manière de perpétuer la domination en la banalisant, la normalisant, la minimisant.

Lien vers des articles : L’écho des sorcières

Voir aussi : micro-aggressions

-I-

identitaire : 1. idéologie qui revendique l’appartenance à une communauté politique (locale, régionale, nationale) sur le critère d’une identité culturelle unique. Cela va des groupuscules identitaires d’extrême-droite qui veulent défendre une francité de souche pinard-saucisson à l’identité nationale assimilationniste du gouvernement. 2. dans un sens moins nationaliste, une position identitaire se rapporte à la défense des identités minorées.

Identité nationale : fantasme nationaliste qui pense que les personnes qui vivent sous un même Etat-Nation doivent partager une seule et même culture.

à écouter : Jamais nationale – La Canaille

Voir aussi : assimilationisme

Impérialisme culturel : désigne le fait qu’une seule culture soit reconnue, mise en avant et s’impose sur d’autres. L’hétéronormativité (le fait que les représentations culturelles invisibilisent la culture et les identités LGBTQ) ou la gastronomie saucisson-pinard (contre ce qui serait un art de vivre musulman sans alcool et sans porc) sont soutenues par des formes d’impérialisme culturel.

à écouter : Musique Nègre – Kery James

à lire : Les cinq faces de l’oppression

Institutionnel (racisme) : voir Système.

Intersectionnalité : concept développé au sein de la théorie féministe critique du point de vue de la femme blanche bourgeoise pour prendre en compte les différents rapports sociaux : sexe, race, classe, sexualité, … qui peuvent façonner l’identité d’une personne. On dit d’un mouvement ou d’un discours qu’il a une approche intersectionnelle quand il cherche à prendre en compte les multiples rapports d’oppression. Il existe différentes approches et critiques de l’intersectionnalité dont des critiques décoloniales.

à lire : race,classe et genre : l’intersectionalité entre réalité sociale et limites politiques

Islamophobie : désigne l’ensemble de discours et pratiques (discriminations, agressions,…) qui touchent les personnes en raison de leur appartenance supposée ou réelle à la religion musulmane. En France ce sont surtout les femmes voilées qui subissent des agressions directes dans l’espace public. Avec les attentats et l’état d’urgence la population musulmane est devenue la cible principale du racisme ordinaire et du racisme étatique.

CCIF – Collectif contre l’Islamophobie en France : www.islamophobie.net

-L-

Laïcité : au sens strict du terme en France c’est la séparation des Églises et de l’État, d’après la loi de 1905. Mais ce concept anticlérical, c’est-à-dire invoqué contre le pouvoir des clercs à l’époque, est aujourd’hui utilisé à des fins anticonfessionnelles principalement contre l’Islam et les populations musulmanes.

-M-

Micro-agressions : désigne par contraste avec une agression physique l’ensemble de toutes les agressions verbales, comportementales, etc. véhiculées par des choses banales (blagues, publicités, stéréotypes) qui renvoient à la personne qui les subit sa position de dominée, d’anormale, de marginale…

Voir aussi : humour oppressif

Moral (antiracisme) : posture politique qui réduit le racisme à des attitudes individuelles : préjugés, insultes, agressions qui reposent sur une différence de considération morale chez les racistes. Cela pose un problème d’analyse du racisme en termes structurels.

Voir aussi : politique (antiracisme) ; systémique (racisme)

Multiculturalisme : idéologie libérale qui consiste à placer la tolérance comme valeur principale et cherchant à promouvoir une société où toutes les cultures peuvent coexister sans se nuire. Cela s’oppose à l’assimilationnisme

Voir aussi : assimilationnisme

-N-

Négrophobie : désigne l’ensemble des discours et pratiques qui touchent les personnes parce qu’elles sont noires de peau.

Page facebook de la BAN – Brigade Anti Négrophobie

Néocolonialisme : le fait de continuer à asseoir un pouvoir occidental sur des anciennes colonies. C’est le concept général sous lequel tombe le cas particulier de la Françafrique

Pour en savoir plus : Survie – Ensemble contre la Françafrique

-O-

Oppression : l’oppression désigne la situation dans laquelle est placée un groupe et les membres qui le composent par les inégalités qu’il subit par rapport à un autre groupe. Iris Marion Young propose 5 critères qui définissent l’oppression : l’exploitation, la marginalisation, l’impuissance, la violence et l’impérialisme culturel.

à lire : Les cinq faces de l’oppression

-P-

Panafricanisme : mouvement de solidarité entre populations africaines pour lutter contre l’oppresseur blanc.

Pour en savoir plus : Collectif Cases Rebelles

Passe-Blanc (white pass) : on dit d’une personne qui est racisée mais qui est désignée par certaines personnes dans certaines situations comme une personne blanche qu’elle a un passe-blanc ou un white pass.

Paternalisme : attitude d’une personne, d’un groupe ou d’un gouverment à l’égard d’une personne ou d’une population qui prétend connaître davantage ce qui le mieux pour la ou les personnes concernées et agit de manière plus ou moins autoritaire, sans leur consentement.
Beaucoup de missions humanitaires peuvent se révéler paternalistes.

voir aussi :  sauveur blanc

Politique (antiracisme) : l’antiracisme politique se veut une critique de l’antiracisme moral et définit le racisme comme un système historique issu du colonialisme et des politiques néocoloniales. Cela se traduit par une pensée décoloniale.

voir aussi : antiracisme moral, décolonial-e,

Post-colonial : les études post-coloniales interrogent les rapports sociaux qui suivent les époques coloniales. La question des identités des personnes expatriées par exemple est un domaine de recherche en sociologie ou science politique dit post-colonial.
Cela peut désigner d’une manière plus générale les nouveaux rapports diplomatico-économiques qui suivent les liens coloniaux. Dans ce sens là on peut aussi parler de néocolonialisme quand le rapport de domination n’est pas terminé.

Privilège Blanc : le fait d’appartenir à la catégorie des Blanc-hes offre des privilèges par rapport aux non-Blanc-hes en termes d’accès aux biens, à la reconnaissance sociale, au rapport à soi, etc.

à lire : Réflexions sur le privilège Blanc

-R-

Race/Racisme : au début de la colonisation les racistes ont voulu croire à l’existence de races biologiques pour justifier la supériorité morale des Blancs sur le reste du monde pour mieux le conquérir. Celles-ci ne sont pas fondées biologiquement mais leurs effets moraux et sociaux persistent, comme le genre ou la classe. Ainsi s’il faut comprendre les races comme des catégories sociales, elles sont construites ET bien réelles d’un point de vue social : elles existent tant qu’existe le racisme. La question raciale s’est étendu du racisme biologique vers le racisme culturel jusqu’au racisme confessionnel contemporain.

Racisé-e : Une personne est racisée quand elle se trouve dans un rapport de domination en raison de sa couleur de peau, de ses origines, de sa religion,…
En anglais on utilise le terme de People of Colors.

Racialisation : 1. désigne le fait de prendre en compte la question raciale dans une théorie ou un mouvement politique. 2. désigne l’attitude qui consiste à catégoriser une personne ou un groupe en fonction de sa race supposée.

Racialiste/Antiracialiste : les antiracialistes s’appuient sur le fait que les races n’existent pas biologiquement pour critiquer les personnes racisées en les qualifiant de racialistes. Selon les antiracialistes alors le racisme n’existe que parce que les personnes opprimées continuent à faire référence aux catégories qui les oppriment.

Pour aller plus loin : Lire Non,  l’antiracisme politique n’est pas « racialiste » !  sur expansive.info

-S-

Sauveur blanc : posture de la personne ou du groupe occidental ou Blanc qui vient sauver une personne ou un groupe opprimé sans prendre en considération les besoins des personnes concernées, mais surtout pour se donner bonne conscience et faire bonne figure.

voir aussi : paternalisme

Sionisme/Antisionisme : Le sionisme est une idéologie nationaliste qui vise à instituer un état juif sur le territoire correspondant à la Palestine. Concrètement cela représente un ensemble de discours qui vise à légitimer la colonisation du territoire palestinien. L’antisionisme consiste à critiquer la posture colonialiste et impérialiste d’Israël. Les sionistes et complices du gouvernement israélien entretiennent la confusion entre l’antisionisme et l’antisémitisme pour condamner toute critique du sionisme au nom de l’antiracisme. Cette confusion est évidemment grossière.

Union Française Juive pour la Paix : http://www.ujfp.org/

Suprématie blanche :  désigne le système qui favorise les Blanc-hes.

Système/ Racisme systémique : parler de racisme systémique ou structurel ou institutionnel consiste à analyser les inégalités et injustices raciales en termes d’organisation de la société dans son ensemble, c’est-à-dire penser l’idéologie à partir des institutions étatiques ou civiles.

Voir aussi : politique (antiracisme)

-T-

Théologie de la libération : mouvement qui s’appuie sur la religion contre l’oppression coloniale ou impérialiste qui s’est développée en Amérique latine. Plus ou moins inspirée du marxisme…

-U-

Universalisme : croyance morale ou politique qui présuppose que toutes les cultures partagent ou peuvent partager les mêmes normes et valeurs et modes de vie. C’est surtout un idéal qui justifie l’imposition de normes à d’autres.

À lire : L’universalisme lave-t-il plus blanc ? Horia Kebabza

voir aussi : ethnocentrisme,

-X-

Xénophobie : peur de l’Autre ou peur de l’Étranger, la haine des migrants apparaît comme le fer de lance du racisme. Mais il ne faut pas réduire la lutte contre le racisme à la lutte contre la xénophobie puisque le racisme institutionnel touche d’abord les millions de personnes qui ont la nationalité française administrative.

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