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Généalogie critique de la démocratie, par Ali Kébir – Conférence du 28 Mars 2017

D’où vient le fait que les citoyens admettent aujourd’hui la  démocratie sinon comme le bien politique suprême, du moins comme un régime quasi incontestable et presque naturel, alors même qu’elle est historiquement advenue, qu’elle véhicule des technologies de pouvoir et qu’elle est le résultat de relations complexes (sociales, politiques, historiques, culturelles) autour desquelles gravite l’enjeu majeur de la reconduction, de la conservation, de la perpétuation de la domination d’un groupe (les puissants, les décideurs, les possédants) sur d’autres groupes (les sujets ou « assujettis » démocratiques, les dominés) ?

Conférence enregistrée le Mardi 28 Mars 2017 à l’Université Rennes 2

à écouter ici :

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Occidentocentrisme

Doit-on toujours recentrer l’univers sur le nombril de l’humanité ? Mais avant cela peut-on simplement considérer les sagesses orientales ou asiatiques comme de véritables philosophies ? Le problème est toujours le même : comment être sûr que les critères de définition de l’objectivité ne sont pas subjectifs ? Le serpent se mordra toujours la queue tant qu’on n’acceptera pas de décoller de la signification première de la philosophie et son étymologie grecque. Alors on parle de pensée, de sagesse et on nuance les traits qui voudraient faire que la seule et unique philosophie, la « vraie » serait née avec Socrate pour aboutir à Kant en passant par Descartes… et pourtant comment comprendre cet idéal clamé par tous, je veux parler de l’Universel. Doit-on comprendre l’Universel de la philosophie grecque comme la démocratie athénienne d’Aristote ? Réservée à une élite esclavagiste, machiste ?
Nous pourrions dresser un tableau comparatif des idées majeures et comprendre qu’il n’y a pas de monopole de la pensée, qu’Héraclite n’avait rien perçu davantage que Lao Zi et que les concepts métaphysiques qu’ils soient présocratiques, médiévaux ou modernes existaient déjà dans des pensées hindouistes ou bouddhistes et sûrement également amérindiennes ou africaines. Mais sortir des barrières conventionnelles ne peut se faire par la comparaison. Ce qu’il faut remarquer c’est l’appropriation d’une discipline par des critères arbitraires dont la fonction principale est justement de démarquer. Ainsi le débat pourrait se clore : la philosophie est par définition la philosophie occidentale. Bien sûr, aujourd’hui les courants se font face et l’on ne peut parler d’une unité de pensée mais il serait hypocrite d’affirmer une égalité de considération des différents courants philosophiques présents dans le monde.
Si une comparaison ne suffit pas il faut accepter la différence de forme qui peut facilement être reprochée à des textes dont la nature poétique ou ésotérique revêt néanmoins une immense pensée. Et les mêmes similitudes qui suffiraient à rendre à ces textes la même valeur que les classiques canoniques antiques occidentaux fondent ce qui est la base d’un certain mépris colonialiste, l’idée que les peuples en dehors de l’Europe seraient justement restés à un certain niveau de civilisation. Cette constance qui fait la force de ces pensées et surtout de ces morales semblant inchangeantes, inchangées et invincibles est en fait déstabilisante. Avec une triste histoire l’Occident suit la voie d’un positivisme philosophique tout en s’appuyant encore et toujours sur les textes antiques pour légitimer sa pratique contemporaine.

Le taoïsme est une philosophie affranchie de considérations logiques, systémiques. Elle est avant-tout le support, l’origine d’une morale, d’une pratique. Si elle ne justifie pas analytiquement tous ses fondements métaphysiques, elle affirme sans douter tout en se préservant d’établir un dogme absolu. Elle pourrait être accusée de scepticisme par son absence de raisonnements alambiqués sur l’origine et la nature du savoir mais pose une réalité des choses, s’inscrit dans le concret et y produit des effets. La philosophie n’est pas élitiste, le philosophe peut l’être, mais en cela il ne sera jamais vraiment sage.