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Métisses blancs-asiatiques : le nouveau standard de beauté de l’Asie. (traduction)

Il semblerait que le vieil adage « la beauté est relative » n’est plus tout à fait vrai puisque ce qui est considéré comme beau aujourd’hui pour les Asiatiques sont les métisses blanc-asiatiques.
C’est sûr que le nouveau standard de beauté a changé avec le temps. Des yeux larges à deux paupières, un petit nez pointu, un visage mince, une silhouette élancée, et une peau blanche – ce sont les qualités occidentales que désirent et admirent les Asiatiques.
Pour la génération d’aujourd’hui, celleux qui ont des traits occidentaux ont fini par représenter l’idéal de beauté dans beaucoup de régions d’Asie. Il y a une longue liste de célébrités, d’acteur.ices, de figures et modèles de beauté dans beaucoup de régions d’Asie.

En Chine, iels ont l’actrice Dilraba Dilmurat de la minorité Ouighour et Angelababy (Angela Yeung Wing), qui est un quart allemande et trois-quart chinoise. Leurs fans ont atteint des millions parmi les Chinois.
Au Japon, les célébrités comme Kiko Mizuhara, Meisa Kurobi et Rola sont les figures les plus populaires dans les publicités.

En Corée du Sud, la modèle de 11 ans Ella Gross est moitié coréenne, moitié américaine. Elle est qualifiée par les médias locaux et internationaux comme « l’enfant modèle la plus magnifique du monde » en raison de son « regard d’yeux de biche et ses traits délicats ».

Aux Philippines, Miss Univers 2018 Catriona Gray est moitié philippine et moitié australienne. Tout comme Pia Wurtzbach, Miss Univers 2015, qui est moitité philippine et moitié allemande.

En Thaïlande, Urassaya Sperbund, qui est moitié thaïlandaise et moitié norvégienne est très demandée comme modèle ou actrice.

Le personnage principal du film Crazy Rich Asians, Nick Young est joué par l’acteur malaysien Henry Golding qui est moitié anglais moitié Iban [ndt: ethnie de Bornéo].

Ces noms feront toujours partie de la liste des personnes les plus belles et attractives. Évidemment, ces femmes sont devenues des figures de référence pour la beauté.

Miss Universe 2018 Catriona Gray. (Photo: Screengrab from YouTube)

Par conséquence, le débat sans fin sur les concepts de beauté est relancé. Ce sont toujours les mêmes disputes qui surgissent pour savoir si les Asiatiques ne se sont pas trop fait avoir par les idéaux de beauté occidentaux au lieu de célébrer les leurs.

La notion de « races métissées » en Asie a été inventée pendant l’ère impérialiste européenne du début des années 1800. Le mélange entre l’Orient et l’Occident est désigné par le terme Eurasien ou Pan-asian en anglais [ndt: il n’y a pas d’équivalent en français, attention car le panasianisme est une doctrine qui vise à unifier les différentes populations d’Asie sous une identité commune. cette idéologie a notamment justifié l’expansionnisme japonais et est donc à utiliser avec précaution] . Il faut savoir que ces termes sont relativement récents et ne font pas consensus.

Selon Emma Teng, le T.T. et la professeur de civilisations asiatiques au MIT Wei Fong Chao, le mariage mixte et les couples mixtes entre groupes ethniques date de l’antiquité.

« Après que les Portugais et autres commerçants européens soient arrivés en Chine, les familles mixtes ont émergé dans plusieurs régions où les Européens et les Chinois interagissaient ensemble » nous dit-elle.

En référence aux termes « Eurasien » ou « Pan-Asian », Teng dit: « Vous trouverez beaucoup de débats concernant le terme sur internet. Dans certains endroits, comme à Singapour, il y a une définition historique de la communauté eurasienne qui est très largement acceptée.

Cependant, cette définition précise ne rend pas suffisamment compte de la réalité du mariage mixte et des familles métissées aujourd’hui. Ces familles sont devenues de plus en plus mondiales, recouvrant des cultures diverses. »

D’un point de vue historique, Teng fait remarquer qu’à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, beaucoup d’Eurasien⋅nes cachaient leurs origines ethniques et culturelles.

Les choses ont changé avec le temps, avant les Eurasien⋅nes étaient vus comme des « demi-castes » et dénigrés pour leur parenté mixte. Pour s’intégrer, beaucoup ont choisi de « passer » soit pour un Asiatique, soit pour un Européen.

La mentalité coloniale selon laquelle « la blancheur est la beauté » et qui affirme que les physiques occidentaux sont supérieurs s’est répandue dans toute l’Asie. Comme le remarquent les chercheur.ses, les traits du visage indigène et les peaux foncées ont été racialisées et dévaluées à travers la loi coloniale.

La croissance de communautés eurasiennes a été le résultat de l’arrivée d’Européens et de mariages mixtes entre les colons et ses colonies.

L’Inde possède sa communauté Indo-britannique et le Sri Lanka possède des citoyen⋅nes néerlandais⋅es. En Malaysie et à Singapour, les Eurasien⋅nes incluent celleux qui ont des ancêtres néerlandais⋅es, portugais⋅es, espagnol⋅e⋅s ou britanniques. Les Eurasien⋅nes forment une portion certes petite mais néanmoins visible de la population des Philippines, de Macau et de Hong-Kong.

Natalie Africa-Vercels, directrice du Centre d’Études sur le genre et les femmes de l’Université des Philippines de Manille dit : « Si vous regardez nos stars de films populaires ou les top-modèles, la plupart ont une moitié philipinne et une moitié européene, australiene, américaine ou blanche. Ce sont les normes – iels ont le teint clair, sont minces, avec des paumettes saillantes et des nez droits. »
« Beaucoup des idéaux de beauté actuels sont tellement éloignés de ceux avec lesquels nous sommes nés » dit Vercels, en insistant sur le fait que contrairement à Miss Univers, beaucoup de philippines ont une peau plus foncée, des visages plus ronds, des yeux plus petits et des cheveux noirs bouclés.

« Une population dont la civilisation est perçue comme hautement développée apparaît plus facilement comme attractive, tandis qu’un groupe ethnique réputé « arriéré » est considéré comme moche » selon ce qu’écrit le professeur Cho Kyo de l’Université Meiji dans son livre, The Search for the beautiful woman: Historical and Contemporary Perspectives and Aesthetics (2012).

« Tant que la culture « arriérée » reste inconsciente de son caractère arriéré, les membres ne se pensent pas eux-mêmes comme moches » écrit-il encore.

« Mais dès que la conscience hiérarchique est établie, l’esthétique des caractéristiques physiques change rapidement. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, les Occidentaux sont considérés comme beaux. Ce n’est pas juste les Occidentaux eux-mêmes qui pensent ça : les populations des pays en développement le pensent aussi. »

Les normes de la beauté physique ont évolué de sorte que ce qui était observé et admiré dans le passé ne s’applique plus du tout.

Cependant la peau blanche a longtemps été un idéal de beauté dans beaucoup de cultures d’Asie, car elle représente un privilège de classe.

Ce qu’il faut remarquer c’est le changement dans la manière qu’ont les Est-Asiatiques de « dés-orientaliser » et rejeter la forme des yeux asiatiques.

Nous ne sommes plus à l’époque où l’on percevait les femmes avec des yeux fins comme tendres de nature, tandis que celles avec de larges yeux comme des dépravées.

La nouvelle apparence que l’on préfère ce sont des yeux larges avec deux paupières.

Comme conséquence de cette mentalité et de ce nouvel idéal de beauté, la chirurgie esthétique est devenue une industrie multi-milliardaire. Les yeux asiatiques sont passé d' »oriental » à « occidental ».

Selon la International Society of Aesthetic Plastic Surgery (Société internationale de chirurgie esthétique), l’opération pour la double paupière est dans le top cinq des opérations les plus pratiquées dans le monde à l’heure actuelle, avec plus de 1,3 millions en 2017. La Corée du Sud est reconnue comme leader en chirurgie plastique en Asie.

Rien qu’en Corée du Sud, 980,313 opérations ont été enregistrées en 2014. Le marché sud coréen de la chirurgie plastique valait 26,3 milliards de dollars en 2016 et l’on s’attend à ce qu’il atteigne les 44 milliards d’ici 2025.

South Korean aesthetic surgery. (Photo: Screengrab from YouTube

La culture du « look » et le niveau de compétition extrême dans la société sud-coréenne a poussé les gens à chercher à gagner en beauté.

Cedar Bough Seji, une fondation coréenne de postdoctorants à l’Université de Columbia au Canada, dit : « Juste parce qu’une opération pourrait rendre les traits du visage de quelqu’un plus proche de traits Occidentaux, cela ne veut pas dire que la personne est motivée par le désir de se conformer à une société hyper compétitive saturée de « lookism » comme tous ceux qui vivent dans l’Est de l’Asie. »

Voir les métisses comme plus belles/beaux peut mener à une question de racisme. Comme cela a poussé à changer nos perspectives sur la beauté, il faut examiner les notions des normes racialisées de beauté.

Teo Ser Lee,Miss Singapour 1988 et fondatrice et directrice de la Protocol Etiquette Academy,Académie de l’étiquette, une école basée à Singapour, dit que les Eurasien⋅nes et les personnes avec des traits caucasiens ont longtemps été favorisées quand il s’agit de media et de publicité à Singapour.

L’auteur du livre Becoming Yellow qui traite de la racialisation de l’Asie, et qui est professeur à l’Université de Taiwan dit :  » il n’y a aucune base envisageable qui puisse diviser les êtres humains selon cette idée fantaisiste de la couleur de peau. »

 » C’est totalement non scientifique. C’est seulement basé sur un préjugé racial et le but à chaque fois est de privilégier un groupe par rapport à un autre,  » ajoute-il.

Pour Keevak, il y a du racisme simplement quand les gens affirment des énoncés tels que  » Je veux avoir des enfants métisses parce qu’ils sont plus beaux » parce que ce mélange est jugé comme mieux ou plus beau.

Il souligne : « Le mélange est réel, biologique et génétique et cela pourrait affecter l’apparence. Mais si vous évaluez l’apparence comme mieux ou pire, belle ou moche, alors vous êtes en train d’internaliser le racisme « .

Qu’est-ce que le genre ? Conférence de Christine Détrez – 30 Janvier 2016

Les 30 et 31 janvier 2016 s’est tenue la première édition de « Questions d’éthique » en partenariat entre le Lieu Unique et l’association Ethica à Nantes et avait pour thème « Le genre ».

Voici la première conférence d’introduction de Christine Détrez, maîtresse de conférence à l’ENS Lyon. Continuer la lecture de Qu’est-ce que le genre ? Conférence de Christine Détrez – 30 Janvier 2016

Le genre et le droit d’apparaître – JUDITH BUTLER – Conférence du 12 Novembre 2015

Le genre en traduction

Jeudi 12 novembre, le Laboratoire d’études de genre et de sexualité de Paris 8 accueillait une journée d’étude autour de (et avec) Judith Butler. Intervenaient aussi Laurie Laufer, Eric Fassin, Nacira Guénif-Souilamas, Monique David-Ménard et Elsa Dorlin.

Intervention de Judith Butler sur le genre et le « droit d’apparaître ».

V. De la théorie performative à la puissance d’agir – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

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De la théorie performative à la puissance d’agir

Pour comprendre la dimension productive du pouvoir, on ne peut admettre l’existence préalable des sujets sur lesquels un tel pouvoir agit. Pour achever cette présentation du pouvoir et des normes chez Butler il est donc nécessaire de montrer comment le sujet se construit avec le pouvoir et les normes et comment la manière d’envisager cette construction permet d’aboutir à des stratégies d’émancipation. Continuer la lecture de V. De la théorie performative à la puissance d’agir – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

IV. L’ordre social et la société de normes – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

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L’ordre social et la société de normes

Comprendre comment l’ordre social repose sur des normes, et comprendre comment ces normes instituent des comportements hégémoniques soutenant des structures sociales pour voir comment des pratiques subversives peuvent ouvrir des brèches dans cet ordre social. Comprendre comment se construisent les rapports de pouvoir genrés sur la construction du genre comme structure avec des normes, et si le genre c’est la construction sur laquelle reposent des rapports de pouvoir inégaux, il faut le déconstruire. Continuer la lecture de IV. L’ordre social et la société de normes – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

III. L’immanence du pouvoir chez Foucault – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

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L’immanence du pouvoir chez Foucault

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La démarche est simple : on étudie le pouvoir en se demandant où il est, d’où il vient et comment on peut agir dessus ou avec ce pouvoir, on se rend compte que le pouvoir n’est pas seulement négatif, qu’il produit des choses, mais alors quoi ? Et qui produit le pouvoir ? En adoptant ce point de vue on se rend compte que le pouvoir étant diffus, il faut étudier les normes, alors on se demande d’où viennent les normes, pour cela on cherche leur origine au sens généalogique (à la manière de Nietzsche et Foucault) et donc on cherche à voir quelles fonctions les normes remplissent dans les contextes particuliers qui nous intéressent. À partir du fonctionnement défini comme normal on va essayer de montrer quelles sont les marges d’action possible pour renverser l’ordre établi. Continuer la lecture de III. L’immanence du pouvoir chez Foucault – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

II. Pourquoi le postmodernisme est une impasse ? – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

Pourquoi le postmodernisme est une impasse

La thèse constructiviste est l’argument principal avancé par les postmodernes. Mais ce courant historique ne se réduit pas à cela. Il est nécessaire de présenter ce courant puisque Butler en est une principale représentante. Que ce soit le rejet des structures ou de certaines dimensions d’un projet moderne, il faut voir que c’est toujours le défaut d’essentialisation qui est pointé. Mais puisque nous avons déjà vu que ce seul critère est commun à diverses théories constructivistes, c’est dans l’attrait pour le langage et la culture qu’il faudra voir le trait spécifique du courant postmoderne. Continuer la lecture de II. Pourquoi le postmodernisme est une impasse ? – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

I. La construction du genre – Changer les normes : renverser ou renforcer la domination ?

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Introduction

Que puis-je espérer produire avec un travail universitaire qui porte sur des pratiques politiques d’émancipation ? Jusqu’où la personne engagée que je prétends incarner peut-elle séparer la tâche de l’intellectuel⋅le de celle du⋅de la militant⋅e ? L’acte d’écriture de ce mémoire a été en lui-même objet de réflexion et de doute. Passer autant de temps à théoriser l’action dans un moment historique où se trame un mouvement social d’une grande ampleur m’a paru frustrant et ironique. Pour autant il ne faut pas confondre le temps de l’action et le temps de la réflexion. Si je cherche encore à expliquer l’absence de motivation à l’action pour mieux la susciter, je pourrais dénoncer un manque de réflexion chez toutes celles et ceux qui se disent indigné⋅e⋅s. Si je ne veux pas que mon travail de recherche ne s’adresse qu’à des chercheur⋅se⋅s ni non plus seulement à des personnes déjà engagées, c’est que j’ai encore l’espoir que la réflexion peut faire avancer les choses. Pourtant, performance contre-performative par excellence, j’aimerais présenter un discours qui vise à convaincre que c’est en dehors du discours que l’émancipation se joue, et que le discours dans son usage normal vient toujours rigidifier les rapports sociaux.

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